ThierryF le Boucanier
Batcave Memories
Tout a commence un samedi soir en 1984 a Paris.
Lors d'une soiree batcave deserte et sans grand interet, je me mis a discuter et sympatiser avec le patron de la boite, Le Declic , boite mythique des annes 60 a St Germain des Pres frequentée entre autre a l'epoque par Boris Vian .
Ce dernier etait fortement intrigue par ce nouveau mouvement musical parisien. En fait ce mouvement existait depuis plusieurs annees a Londres. On l'appelait alors le post-punk puis c'est devenu le Batcave en reference a la celebre soiree londonienne mise en place par Johnny Slut du groupe The Specimen .
A l'epoque cette soiree voyait defiler tous les futurs groupes emblematiques du mouvement :Southern Death Cult, Sex Gang Children, Alien Sex Fiend...
Bref, au fur et mesure de notre discussion, le patron du Declic me demande, vu mon interet pour ce genre de musique, pourquoi je n'avais jamais pense a organiser des soirees. La soiree actuelle ne marchant pas il cherchait quelqu'un d'autre pour la relancer. Il suffisait d'avoir les disques et d'assurer la promo, il s'occupait du reste.
Sur le coup, ne m'en sentant pas capable, je declinais sa proposition tout en lui promettant d'y reflechir. La soiree suivante, je filais le voir pour accepter.Je n'en avais pas dormi pendant une semaine ! Je devais tenter le coup !
En fait la revelation se fit un soir quelques semaines plus tot vers une heure du matin, alors que j'ecoutais la radio.
En cherchant une station, je tombais sur une frequence qui annoncait une programmation nouvelles tendances uk .
A l'epoque j'ecoutais aussi bien Kiss, Alice Cooper, Deep Purple et Pink Floyd que Cure, B-52's ou Police. Je commencais a decouvrir le punk par les Sex Pistols ou les Plasmatics.
Ce soir la, l'emission sur l'excellente frequence depuis disparue - la voix du lezard -(c'etait le debut des radios libres) proposait un echantillon du mouvement post-punk-batcave londonien :Sisters of Mercy, Under Two Flags, Death Cult, Virgin Prunes , Alien Sex Fiend et autres groupes que je decouvrais.
Ce fut en quelque sorte une revelation puisque je me repassais la K7 en boucle pendant 15 j, ayant eu le reflexe d'enregistrer l'emission. Ca changeait du hard-rock ou de Santana et des Eagles ! Je me mis a vouloir tout connaitre de ces groupes obscurs et mysterieux et me mis a la recherche de leurs disques. Ma premiere acquisition se fit par hasard. C'etait le If I die I die des Virgin Prunes. J'avais flashe depuis un moment sur la pochette de ce vinyl sans savoir ce que c'etait, lors de mes expeditions chez les disquaires d'occasion du quartier latin. J'aimais cette image paienne qui me rappelait une pochette d'un disque des Slits. La premiere ecoute me parut un peu hermetique. J'etais habitue a des sons plus rocks. Mais tout ca m'intriguait et bientot je ne jurais plus que par les Prunes, tout fier de pouvoir citer un groupe que personne ne connaissait. Puis vinrent au fur et mesure des mes virees a la Fnac ou chez New Rose a Odeon beaucoup d'autres groupes : Sisters of Mercy, Bauhaus, Joy Division, Dead Can Dance, Alien, Sex Gang Children, Gene Loves Jezebel, Lords of the New church, Christian Death, Jesus & Marychain, Living in Texas, Play Dead, Wall of Vodoo, X Mall Deutschland, DAF, Squeletal Family,les Cramps .J'achetais tout ! J'y depensais chaque semaine une veritable fortune. J'avais deja du retard a rattraper pour me tenir au courant de l'actualite musicale qui etait tres prolifique a l'epoque. Les magazines specialises comme New Wave m'y aidaient. J'etais fascine par les looks et le cote obscur et gothique qui recuperait toutes les icones du genre, depuis les gargouilles de Notre Dame aux vieux films d'horreur de la Hammer.
J'habitais alors vers Montparnasse. J'ai eu la chance un an plus tard de voir se monter la premiere soiree batcave parisienne a 400 metres de chez moi. J'avais alors un look mi new wave mi punk avec des restes de hard et de baba-cool: jeans delaves, chaussures au bout pointu, long manteau gris couvert de badges et d'epingles a nourrice et cheveux assez longs. Cela me valait des embrouilles regulieres avec les bandes de skinheads qui infestaient le quartier de la fac d'Assas.
Ma premiere incursion au Temple ( c'etait le nom de la soire batcave ) fut en solitaire. J'etais attire ce soir la par cet endroit comme par un aimant. Je devais absolument savoir ce que c'etait et qui etaient les gens qui ecoutaient cette musique. Je m'etais habille en noir et crepe les cheveux a la Robert Smith. En arrivant devant je croisais des personnes toutes plus excentriques les unes que les autres. J'avais presque honte de mon propre look qui manquait un peu d'imagination. Je me souviens particulierement au milieu des cretes et autres iroquois maquilles d'un barbare decadent en fourrure a la Mad Max.
Je me sentis tout de suite dans mon element. Quelle sensation de pouvoir enfin danser sur les memes morceaux que j'ecoutais depuis plusieurs mois et de partager ca avec d'autres personnes !
Je devins vite un habitue du Temple, avec une carte de membre.
Les gens que j'y rencontrais me donnaient l'impression d'etre depuis toujours dans ce milieu et d'avoir une culture musicale beaucoup plus etendue que la mienne.
Mon look evolua en fonction de mes sorties nocturnes et bientot je commencais comme tout le monde a fabriquer mes propres fringues avec tous les accessoires qui me tombaient sous la main. Je me rasais sur les cotés pour me faire une iroquois et me gaufrais les cheveux. S'ensuit une periode un peu floue.D'un cote les etudes de commerce que je suis d'un peu loin, de l'autre les soirees qui s'enchainent et de nouvelles rencontres.
Deux mondes paralleles.
C'est egalement a ce moment la que je me lance moi-meme dans la musique.
Un soir aux halles, un mec avec des cheveux oranges en petard m'aborde dans la rue. Il trouvait mon look cool et apres avoir discute musique me demande si ca me branche de faire partie de son groupe. J'avais fait 10 ans de piano etant plus jeune et je lui repondis sans hesiter que je jouais du synthe meme si je n'en avais jamais touche un seul. Un boeuf est prevu pour la semaine suivante. Je dois passer un test . Il s'agit d'un groupe new wave-gothique. J'accepte et nous nous retrouvons quelques jours plus tard avec les autres membres du groupe aux studios du quai de la gare, d'anciens entrepots de la sncf desaffectes. Un endroit plutot glauque mais bien dans l'ambiance de ce que nous voulions faire. En fait aucun d'entre nous n'avait vraiment joue avant et nos morceaux restaient assez inécoutables sauf Humanoide Project , un morceau bien construit qui aurait pu marcher si on s'etait donné la peine de faire quelque chose de serieux. Mais notre nouveau statut de rock star, du moins a nos yeux, nous suffisait ainsi que nos groupies qui assistaient a nos repets et nous debouchaient des bieres pendant que nous jouions. Un soir les Beruriers Noirs répétaient dans le studio a coté. A la fin leur saxo nous demande s'il peut jouer un peu avec nous. Nous avons joué humanoide project en boucle, mais ce fut vraiment le pied ! Nous n'avions jamais ete aussi bons !
Par la suite j'ai fait partie d'un autre groupe avec quelques amis. Ce fut quelque chose de beaucoup plus abouti, avec de nombreux tres bons morceaux et beaucoup plus de matos. Nous avions meme investi dans un sampler auquel je ne comprenais rien tellement sa programmation etait complique. Mais notre guitariste qui touchait en informatique s'en chargeait volontiers. Il nous trouvait toujours des sons pas possibles dans la rue, dans une eglise, une gare Je n'avais plus qu'a me mettre au clavier et jouer. Le groupe s'appelait Vlad. Notre renomme internationale arriva jusqu'aux oreilles d'Alex, organisateur de la soiree la Sebale et des concerts qui s'y deroulaient. Je le connaissais par l'intermediaire de Jad Wio car il en etait le manager. Un soir il me telephona car il faisait passer Alien Sex Fiend au Rex Club et n'avait personne pour la premiere partie. Jad wio etait alors en tournee a l'etranger. Il avait tout de suite pense a nous J'ai toujours regrette d'avoir refusé ce soir là sa proposition, mais je crois que nous avions trop peur d'etre confrontés a un public qui comptait beaucoup trop de connaissances et en plus d'etre ridicules avant un groupe comme ASF. Plus tard notre bassiste s'est suicidé et ce fut la fin de Vlad. Ce groupe etait maudit a mon avis. Il faut dire que j'avais moi-meme remplace un premier synthe qui s'etait egalement suicidé en se pendant dans sa chambre d'hotel a Londres.
Ensuite les soires batcave ou indus se succédèrent : Excentrique Ballroom au Rex, Kreuzberg au Whisky Gogo,la Piscine ( repère de jeunes branchouilles new wave ),les 120 nuits (soirée thématique underground qui a vraiment duré 120 nuits ), soirées clandestines la nuit au cimetiere du Père Lachaise ou dans les catacombes, et surtout la Cabale puis la Sebale a l'Opera Night ,la meilleure que j'ai connu, avec des concerts tous les jeudis. Je pense que tous les groupes goths ou batcaves sont passes en concert dans cette salle a l'epoque: Living in Texas ,Dead Can Dance , DeathCult,Bollocks Brothers,Death in June,Clair Obscur,Danse Society, Christian Death,Fools Dance, Jad Wio, Alien Sex Fiend, Play Dead... Parfois nous allions aux concerts sans meme connaitre les groupes.On se rendait compte seulement quelques mois plus tard que nous avions vu un concert mythique.C'est également la que j'ai rencontre la plupart de mes amis, certains en font toujours partie.C'était de plus une salle magnifique, un ancien théatre avec ses murs tendus de velours rouge et une hauteur de plafond impressionnante. La cabine DJ était juchée tout en haut, il fallait y monter par un petit escalier métallique. Autant dire qu'il valait mieux ne pas avoir le vertige.
Maintenant cet endroit est fermé depuis des années, le théatre a été détruit et remplacé par un parking souterrain. Une honte vu la beauté du lieu qui aurait dû être classé.
J'entendais aussi parler depuis un moment des soirees a Londres. La premiere fois ou je me suis retrouvé au Kit Kat a Leicester Square, la boite goth du moment, je fus un peu déçu. Les gens étaient très lookés mais il n'y avait pas la meme ambiance qu'a Paris. Ils étaient tous tres froids et distants, limite dedaigneux, et ne se parlaient presque pas. Tout dans l'attitude.La musique etait différente aussi. Un melange de pop, glam-rock , new-wave et tres peu de batcave finalement. Par contre le lieu et la déco etaient tout a fait dans le ton. Un vrai repaire de vampires ! On y montait deux par deux par un ascenseur après être passé devant un physio. Une autre fois avec deux copines francaises nous decidons d'aller dans une soiree punk dans le nord de Londres. Quartier hyper glauque, salle difficile a trouver, bref nous arrivons devant, impossible de rentrer, il faut etre membre du club ou se faire parrainer. On s'apprete a rebrousser chemin quand une bande de skins lookes style Orange Mecanique avec chapeaux melons et cannes a la main nous appellent .Moi je ne reponds pas mais les filles vont les brancher.Je me suis dit qu'on etait morts.On etait fringués en gothiques et maquillés. Finalement des qu'ils ont su qu'on etait francais on est devenus leurs meilleurs amis et ils ont proposé de nous parrainer pour entrer. On devait avant aller acheter des packs de biere pour toute la bande car il n'y avait pas de bar a l'interieur. Nous nous executons (nous n'avions de toute facon pas trop le choix) et ils nous font entrer. A l'interieur la salle etait separee en deux camps. D'un cote les skins, de l'autre les punks. Un enorme punk en cuir clouté avec une grande crete verte tronait au dessus de la piste de danse sur un fauteuil et surveillait tout ce qui se passait. Apparemment le chef de la bande. Je m'attendais a une bagarre generale comme dans les westerns mais la soiree se passa dans le plus grand calme. Au moindre geste de travers le fautif etait ramene de force dans son propre camp. Impressionnant. La musique etait plutot new wave en fait. Joy Division, Siouxsie, Cure, New Order.Il ne se passait tellement rien que j'ai fini par m'endormir sur un banc entre les punks et les skins, epuise par une journee de shopping avec deux filles.
Puis vint cette fameuse soiree au Declic a Paris. Un mois apres ma discussion avec le patron je montais donc ma propre soiree. J'etais fier de tous les vinyls que j'avais deniche mais j'avais le trac. J'avais appelé la soirée Le Sanctuaire . Cette premiere soiree fut un fiasco. Seuls mes 5 meilleurs amis etaient venus avec quelques-unes de leurs connaissances. J'avais pourtant imprimé et distribué des tracts dans les quelques bars et magasins de disques concernes, mais la concurrence etait deja rude. Une autre soiree avait lieu le meme soir dans la meme rue a La Tour de Nesle ! Je refis une deuxieme soiree sans beaucoup plus de resultats et decidait de traverser la rue pour parler avec ma concurrente qui se faisait appeler God Zoo en reference au morceau des Cult. Je lui proposais une association dans une autre salle au lieu de se marcher mutuellement sur les pieds. En fait c'etait surtout dans mon interet puisque sa soiree marchait mieux que la mienne. Mais elle accepta et un mois plus tard demarrait la soiree Chimeres Nocturnes au Boucanier a Montparnasse. J'avais trouve cette salle par hasard en frappant aux portes des boites de nuit de mon quartier pour proposer ce que je voulais faire. Ils ont marche tout de suite a mon plus grand etonnement. Il faut dire qu'ils en avaient vu d'autres, vu que c'etait d'apres eux l'ancien QG de Gainsbourg.
Le Boucanier a duré trois ans et ce fut un gros succes. Le temple de la Batcave à Paris. Je travaillais alors en parallele a la Banque de l'Image, carterie branchee des Halles ou l'on trouvait tous les posters des groupes que je passais en soiree. J'etais donc bien place pour assurer ma promo. Le Boucanier etait une petite salle en sous-sol aux murs tendus de velours rouge poussiereux et aux canapés defoncés, tenue par un anglais d'une cinquantaine d'annees qui restait en haut avec sa clientele derriere son bar, et un indien qui s'occupait du bar du bas. Ce dernier se fit tout de suite beaucoup d'amis parmi la clientele gothique car il offrait toujours des verres aux filles. Cette boite ne marchait plus depuis plusieurs annees et n'attirait que quelques piliers de bars habitues des lieux. Parfois ils descendaient dans la boite, intrigues par la faune etrange qui s'y retrouvait tous les mercredis soirs. Il y avait aussi une petite salle au premier etage qui avait du servir de restaurant en des temps recules. La sono etait aussi d'époque et nous lachait parfois au beau milieu de la soiree. Il fallait alors relancer un transfo dans la cave. Un soir personne ne voulait y descendre suite a une nouvelle coupure d'electricite. Un enorme rat d'egout s'y trouvait. C'est le barman qui s'y est finalement colle arme d'un balais et d'un couteau de cuisine.
A chaque soirée je ramenais un lot d'affiches des Sisters, Prunes, Cramps et autres que je mettais au mur pour décorer. A l'aube les gens pouvaient décrocher celles qu'ils voulaient et les emmener.
Une fois une affiche de Robert Smith accrochée la tête en bas ( les Cure n'étaient pas trop à la mode chez les goths ) a fini couverte de rouge à lèvre et d'inscriptions. Les gens se la sont arrachée à la fin. Un vrai collector...
Un soir, juste avant la soirée, je suis contacté par un mec d'MTV US qui veut venir à la soirée et me demande s'il peut filmer un peu. A priori pas de souci mais le problème c'est qu'il a amené un disque de Billy Joel et qu'il veut filmer les goths en train de danser dessus ! C'est apparemment pour inclure dans un clip. Mort de rire, je préviens tout le monde au micro avant de balancer la musique mais dès les premières notes la piste de danse se vide subitement.C'était assez prévisible.
Le type super déçu se barre avec son disque sous le bras en lachant que les goths sont vraiment pas ouverts musicalement. Y'a quand même des limites à l'ouverture...
Une autre fois le patron vient me prevenir a la sono d'une descente de flics imminente. L'un de ses clients reguliers etait le commissaire du quartier. Je passe une annonce au micro en demandant a tout le monde de planquer son matos dans les disques. Le shit dans les Sisters, les trips dans les Cult et la Coke dans Bauhaus.Les flics arrivent et commencent a fouiller tout le monde, persuades vu les looks de faire une bonne peche. Tous les goths avaient le sourire jusqu'aux oreilles et etaient completement defoncés. Les flics n'ont jamais compris pourquoi ils n'avaient rien trouve, ni pourquoi tout le monde avait l'air de se foutre de leur gueule. Ils m'avaient obligé a arreter la musique. Comme la fouille et les controles d'identite commencaient a durer et casser l'ambiance, je balance d'un coup Porcherie des Berus a fond. Je crois qu'ils ont moyennement apprecié. Ils ont failli me casser le disque ! Ils sont donc partis bredouilles en nous assurant qu'ils repasseraient. On ne les a jamais revus. L'ambiance du lieu et de la soiree etait vraiment punk a ce moment la. On se connaissait tous, comme une famille de freaks, une tribu. Le mouvement batcave etait plutot limité a l'epoque et devait compter maximum 200 personnes.
Un article paru dans Telerama en mars 1987 a assez bien retranscrit cette ambiance :
-"Voila vingt-six ans que ses sieges defonces, son velours de Genes et ses disques de Gainsbourg accueillent les celibataires d'un soir, garagistes ou journalistes, rastamen ou rescapes de la route des Indes. Le proprietaire, un Anglais qui ressemble a Anthony Burgess, a la nostalgie triste et c'est vrai que, vu d'ici, le declin de la planete semble irremediable. En tout cas, le Boucanier s'est bien recycle. Avec des soirees Batcave, c'est a dire no-punks. Corbeaux coutures de zips, femmes araignees, punkettes a chainettes peuvent toujours jouer des coudes et frapper du talon : ici, il n'y a plus rien a casser ".
Parmi la clientèle habituelle ( j'avais même distribué quelques cartes d'invités permanents ), une personne était toujours très lookée :David. Il fut certainement la première drag queen gothique black de Paris. Très maquillé, rajouts verts ou jaunes, jupes taillées dans ses rideaux de douches...Un look qui se remarque.
Une fois, après la soirée et dans un état assez second, nous partons prendre un verre chez lui avec quelques amis au petit matin.
Le passage par le métro étant assez difficile à assumer je lui demande s'il n'a pas une paire de lunettes noires à me préter. A peine les ai-je mise qu'une colonie entière de gamins qui étaient dans le même wagon que nous se mettent à hurler de rire en me montrant du doigt. Je n'avais pas remarqué que les lunettes en question étaient rose fluo et en forme de coeur !
Le Boucanier était à cette époque réellement le lieu de RDV de tous les freaks de Paris.
En fait la véritable propriétaire des lieux s'appelait Lydie Bastien. Cette femme a eu une vie plutôt mouvementée. On a découvert après sa mort en 1994 et suite à des écrits qu'elle avait laissé qui on fait l'objet d'un livre par Pierre Péan :" La diabolique de Caluire", que cette femme fut directement liée à l'arrestation du résistant Jean Moulin pendant la seconde guerre mondiale.
Maitresse d'un proche de Klaus Barbie, elle s'introduisit dans le milieu de la résistance française en devenant la maitresse d'un proche de Jean Moulin, et les livra aux allemands contre une poignée de bijoux.
Par la suite elle passera d'homme en homme, attirée uniquement par l'appat du gain : Un prêtre mystique devenu écrivain surréaliste qui convaincra Olivier Messiaen de donner un récital uniquement pour elle et finira par écrire un livre racontant cette expérience : "L'expérience Démoniaque".
Différents escrocs dont le chef d'une secte" la fraternité blanche universelle" se prétendant descendant de Gengis Khan et prince de l'Agartha, royaume souterrain du Tibet,un maharadja, des hommes financiers véreux, et même Aldous Huxley, le pape du psychédélisme.
Elle fonde par la suite le centre culturel de l'inde à Paris avec André Maurois puis en même temps qu'elle se lance dans l'occultisme, ouvre une discothèque qui lui sert surtout à donner des RDV clandestins pour des affaires de corruption en Afrique.
Un jour Mme Bastien me fait venir au Boucanier l'après midi à cause d'un problème dont elle veut me parler en face à face. Elle me présente alors mon dernier flyer (ou plutôt pour l'époque un tract photocopié en N&B ) qui représente une gravure médiévale d'un squelette gisant sur une tombe.
Elle m'a demandé de changer immédiatement le visuel et de refaire ce tract car cela lui rappellait trop la guerre et les camps de concentration. Malgré mes tentatives d'explication sur la signification de ce visuel et l'amalgame qu'elle faisait entre le moyen âge et la seconde guerre mondiale, elle n'a rien voulu savoir et j'ai dû le refaire. A présent que je connais sa vie, cela me fait froid dans le dos car à l'époque c'est elle qui envoyait les gens dans les camps de concentration !!
Je ne l'ai revu qu'une fois dans un restaurant indien qui lui appartenait aussi car elle voulait me proposer de faire des soirées dans d'autres salles parisiennes qu'elle possédait mais j'ai refusé car j'avais déja un engagement avec une nouvelle salle.
En fait la clientele du Boucanier etait plutot heteroclite : des psychos, des punks, des rescapes de Woodstock et des 70's, et bien sur des goths. La new wave etait assez mal vue a l'epoque. C'etait de la variete. Par contre les Doors et les Stooges etaient tres en vogue. Plus tard il y a eu un revival hard 70 avec le virage des Cult sur l'album Electric. Cela me permit de remettre au gout du jour mes vieux Motorhead, AC/DC, ou Deep Purple.
Il faut dire qu'en 89 le mouvement Batcave commencait deja a s'essoufler et que les groupes splittaient les uns apres les autres. Les seuls qui continuaient encore etaient Christian Death, mais sans aucune inspiration. Ils passaient en concert tous les trois mois a Paris. Une fois d'ailleurs apres l'un de leurs concerts, j'avais organise une soiree au Boucanier. Je ne pouvais pas rater ce genre d'occasion, il suffisait de balancer les tracts au concert et je remplissais la salle. La soiree demarre, je lance le dernier Chistian Death sur la platine pour rester dans l'ambiance. Un mec n'a rien trouve de mieux pour se faire remarquer que de s'ouvrir les veines sur la piste de danse. Voir Christian Death et mourir .J'ai appele un videur et je l'ai fait mettre dehors. Ca peut etre considere comme de la non-assistance a personne en danger mais je crois vu le genre de mec qu'il n'y avait de toute facon plus grand chose a sauver.Juste avant, l'organisateur du concert m'avait invite avec quelques autres personnes au restaurant avec le groupe. J'avais quelques disques avec moi achetes dans l'apres-midi en prevision de la soiree a laquelle ils ne sont d'ailleurs pas venus. Valor ne se melait pas trop a son public et Gitane etait enceinte. Donc le repas commence et comme derriere moi se trouvait une platine, je commence a passer des disques pendant le repas. Je ne pouvais pas m'en empecher .Sans vraiment faire expres au bout d'un moment je passe du Christian Death. Valor avait l'air tellement gene que l'organisateur m'a fait un scandale sur place comme quoi ils avaient peut etre envie d'ecouter autre chose, etc .J'ai eu droit a un clin d'oeil de Gitane comme pour se faire pardonner de l'attitude de son mari et ils m'ont tous dedicace le disque.
Je commencais entre le Boucanier et la Banque de l'Image a rencontrer un certain nombre de groupes. Il n'etait pas rare de voir debarquer parfois Robert Smith ou les Depeche-Mode a la Banque de l'Image.
On me proposa a la BDI de realiser pour leur compte ma propre collection de cartes postales. Carte blanche. Je sautais sur l'occasion ! Mes premiers contrats furent signes avec des habitues du Boucanier : Jad Wio, les Portes-Mentaux, Bonapartes, la Souris Deglinguee, Mome Rath, Treponem Pal. Gogol 1er fut refusé a cause de sa maquette trop provocatrice. Il voulait publier les paroles de sa chanson " J'encule ".
Je me souviens de notre premier rendez-vous chez lui a Crimé, le quartier des Hell's Angels a l'epoque. Son appart etait plutot petit, avec des posters de lui sur les murs. Il me recoit habille en cure avec sa soutane et me fait visiter en premier lieu son balcon ou il faisait pousser de l'herbe. Apres quelques joints le telephone sonne. Il me demande de repondre. Un fan demande parler a Gogol. Il prend le telephone et repond que le Maitre est absent pour l'instant J'etais mort de rire.
Je l'ai invite une fois au Boucanier. Il a passe la soiree au bar a signer des autographes. Je le revois encore regulierement. Il n'a pas change. Il ne rate d'ailleurs pas une soiree Boucanier maintenant.
Puis, toujours dans le cadre de ma recherche de contacts undergrounds pour ma collection de cartes postales, je commencai a contacter des groupes etrangers : Lords of the New Church, Virgin Prunes, et autres.
Je passai souvent chez New Rose a ce moment la, le seul disquaire independant de Paris a Odeon. Ils distribuaient tous les groupes interessants de l'epoque. J'obtins facilement de leur part les coordonnees de Gavin Friday des Virgin Prunes. Je lui envoyais une lettre a Dublin pour lui demander son accord pour imprimer 5000 cartes de la pochette de Heresie.
A ma plus grande surprise je recus une reponse un mois plus tard, en septembre 87. Il etait d'accord et m'expliquait qu'il avait depuis dissous le groupe et s'occupait d'un cabaret a Dublin.
Deux mois plus tot j'avais assiste a l'un de leurs concerts avec Psychic TV. J'avais eu alors l'occasion de parler avec Mary le batteur. Nous avions garde contact et etions devenus de bons amis. Je lui parlais de mon echange avec Gavin et il m'expliqua que le groupe etait scinde en deux camps : Gavin et Guggi d'un cote, Mary, Strongman et Dave-id de l'autre, et qu'il ne voulait plus entendre parler de Gavin qui les avait trahis. Mon groupe prefere venait de splitter !
Mon amitie avec Mary ne m'empecha pas de partir a Dublin afin de rencontrer les autres membres du groupe. Good Zoo m'accompagna. Le soir de notre arrivee nous avions rendez-vous avec Gavin et Guggi dans un pub de dockers. Une demi-heure avant de partir le receptionniste de l'hotel nous annonce que nous sommes attendus dans le hall.C'etait Strongman qui avait ete averti de notre arrivee par Mary reste en France, et qui voulait nous inviter a diner chez lui.
J'etais plutot gene de lui expliquer que Gavin nous attendait mais il le prit bien et nous proposa de se revoir le lendemain. Je fus tres touche de voir qu'il s'etait deplace jusqu'a notre hotel pour venir nous inviter ne nous connaissant meme pas. En fait la plupart des Irlandais sont tres accueillants.
Peu apres nous partons pour le pub. Il etait situe le long du fleuve qui traverse Dublin dans un endroit assez sordide. A peine pousse la porte du pub, un docker gigantesque m'attrape et me met une pinte de guinness dans la main. Ils avaient gagne un match de rugby ce soir la. J'avais beau detester la guinness j'ai bu mon verre cul-sec pour ne pas le vexer et rester vivant.
J'en etais a ma troisieme pinte forcee quand enfin je vis avec beaucoup de soulagement arriver Gavin et Guggi. Je quittai mon nouvel ami irlandais discretement avant qu'il ne me demande de payer ma tournee a mon tour et m'installais a la table des Prunes. J'etais franchement impressionne de les avoir en face de moi. Ils furent tres simples et detendus avec nous. Voyant que nous avions un appareil photo ils nous proposerent de faire une serie de photos avec eux. C'etait magique, sans vouloir jouer le fan de base. Nous les quittames au bout d'une heure apres avoir pris un nouveau rendez-vous pour le surlendemain. Ils devaient nous emmener dans un club branche de la ville.
En rentrant a l'hotel, Good Zoo m'annonce qu'elle avait oublié de mettre une pellicule dans l'appareil !!! No comment.
Le lendemain, diner chez Strongman et Rachel, dans leur superbe maison au bord de la mer.
Le soir suivant, le club avec Gavin et Guggi. C'etait une soirée ultra privee. Ils me presentèrent toute la jet-set de Dublin. Je ne savais pas qui étaient ces gens que Gavin me présentait et serrais des mains machinalement en échangeant quelques politesses, jusqu'au moment ou après avoir serré une main de plus je me rend compte après coup que c'était Bono, le chanteur de U2 ! J'ai finalement eu l'occasion pendant la soirée d'échanger quelques mots avec lui. Il m'a dit en plaisantant de me méfier de Gavin qui n'était pas quelqu'un de très recommandable...
En fait ce n'était pas très étonnant de le trouver là. Non pas parceque nous étions à Dublin, sa ville d'origine, mais parceque Gavin et Bono étaient des amis d'enfance. Ils avaient vécu dans la même rue étant gamins et avaient décidé de se lancer dans la musique en même temps. Les Virgin prunes et U2 n'étaient en fait qu'un unique concept à la base, mais séparé en deux groupes. L'un représentait le coté obscur, expérimental, et l'autre le coté plus pop et commercial. Le ying et le yang en musique... Dick des Prunes est également le frère de The Edge de U2.
Il était prévu également que les Prunes fassent toutes les premières parties des concert de U2 mais des histoires de filles et de tromperies entre deux membres des groupes respectifs ont mis un terme à cette collaboration musicale.
Pour notre dernier jour, Gavin nous invita chez lui et nous donna toute sa collection de 45 t des Prunes qu'il nous dedicaça et nous fit un plan des eglises et curiosites de la ville a visiter. Il adorait les vieilles eglises. Je n'ai jamais vu des gens aussi déjantès sur scène et aussi charmants et simples au quotidien.
Mais je n'ai jamais eu par contre aussi froid de ma vie qu'à Dublin. Chaque matin ma brosse à dent était congelée ! Je dormais habillé avec un pull ! Et il fallait se chauffer au bois qu'on achetait au détail dans les épiceries parceque en Irlande peu de gens avaient les moyens de payer l'électricité ou le fuel. La plupart des gens étaient au chomage ou se débrouillaient pour trouver des petits boulots au black. Mais tous étaient très sympas et accueillants.
Je n'ai jamais revu Gavin depuis mais je vois toujours Mary. Il fait partie de mes meilleurs amis et nous reparlons souvent de cette période. Il compose maintenant des musiques de films.
En 89 ils m'ont appelé afin que je participe a un tournage télé pour les Prunes, tentative de reformation avec une partie du groupe (Mary, Strongman et Dave-Id) qui a donné lieu a trois albums par la suite. Ils etaient convies a jouer un morceau dans une emission sur Canal par l'invitee principale qui etait Beatrice Dalle. La loge d'à coté etait occupée par les Pogues qui passèrent une heure a vider une quarantaine de canettes de biere. Les relations etaient un peu tendues d'ailleurs entre les deux groupes, ils n'echangerent aucun mot. On m'avait fabriqué un masque en carton pate. Je devais le porter sur scene et accrocher des toiles dessinees sur une corde avec des pinces a linge pendant que le groupe jouait. J'avais bu la moitie d'une bouteille de tequila dans les loges en attendant notre passage prevu apres celui des Pogues, l'emission etant enregistree en une seule prise. Je ne voyais rien sous ce masque et avais du mal a trouver les pinces a linge, d'autant plus que j'étais bien torché. Cela se voit un peu sur l'enregistrement. Mais tout se passa bien, et a la fin, Beatrice Dalle nous invita tous dans un restaurant ou elle organisait une fete pour son anniversaire. Parmi les invites Grace Jones et Indochine. Beatrice venait de tourner un film de sorcieres a l'ambiance assez gothique. Elle m'en parla pendant une heure .Les Prunes avaient besoin de se defouler apres l'enregistrement et passerent derriere le bar pour vider toutes les bouteilles en s'embrouillant a moitie avec les Indochine.
Il nous arrive de nous repasser l'enregistrement avec Mary, ca nous fait toujours autant rire.
Mon autre rencontre marquante fut avec Stiv Bator des Lords Of The New Church. Le groupe etait alors a l'apogee de sa gloire et je voulais absolument les rencontrer et leur faire signer une carte postale pour la Banque de l'Image. Je contactais Stiv ( par l'intermediaire de sa maison de disque) et il me donna rendez-vous au pub Le Diable des Lombards aux Halles. C'etait l'un des derniers survivants de la periode punk de la fin des annes 70 avec Iggy Pop et Johnny Thunder et j'etais assez impressionne a l'idee de le rencontrer. Mais nous devinmes tres rapidement inseparables. Je passais souvent chez lui aux Halles pour ecouter des disques, regarder des films de Divine (il avait joue dans Desperate Living son premier film et en etait tres fier), ou choisir des photos pour la maquette de sa carte postale. Je voulais prendre la pochette du premier album qui me faisait penser a un tableau de Dali, mais son choix se porta sur une scene plutot SM avec Caroline, sa copine. Curieusement il ne voulait pas faire de promo pour les Lords mais juste en son nom.
En 89, je partis les rejoindre Londres. Ils preparaient une tournee en Allemagne avec quelques dates en Angleterre. Le premier soir je sortais du train et filais retrouver Stiv et Caroline dans un hotel du centre de Londres. Ils m'apprirent qu'on partait tout de suite retrouver les autres membres du groupe a 30 Km de la pour faire un concert. Le temps de se relooker et de s'envoyer quelques rails et on etait partis. En taxi. Pendant tout le voyage ils eurent tous les deux une engueulade terrible. J'etais plutot mal a l'aise jusqu'a ce que Stiv me fasse un clin d'oeil complice. Je compris a l'arrive que c'etait pour faire peur au chauffeur du taxi car ils n'avaient pas un rond. Et cela marcha car a peine arrive, le taxi nous deposa et s'enfuit sans rien demander.
La salle etait blindee, le concert fut fantastique. C'etait une impression assez etrange car en meme temps je voyais l'un de mes groupes preferes sur scene, et le chanteur etait un pote qui me faisait des signes de temps en temps alors que j'etais dans le public.
Les Lords etaient alors tres populaires en Angleterre. Je ne pouvais pas me promener dans la rue avec Stiv sans qu'on soit arretes toutes les 5 mn. On m'a meme demande plusieurs fois de signer aussi des autographes des fois que je fasse partie du groupe. Ca le faisait beaucoup rire.
Je logeais par la suite dans le squatt de Danny Fury, le batteur, issu d'un groupe obscur de metal, Rogue Male, mais qui avait un super look, tout en cuir et metal. Il avait beaucoup de succes avec les filles et je croisais ses differentes conquetes dans les couloirs du squatt. Toujours de tres jolies filles.
Le seul avec lequel je ne m'entendais pas dans le groupe c'etait Brian James, ex membre des Damned. Un jour lors d'une repetition a laquelle m'avait invite Stiv
( j'avais quand meme eu l'honneur de voir les Lords jouer plusieurs morceaux pour moi tout seul), Brian piqua sa crise et lui demanda de me faire sortir un moment car ils devaient repeter de nouveaux morceaux qui n'etaient pas encore enregistres et il ne voulait pas que j'entende. Stiv s'en excusa aupres de moi, il etait plutot gene de l'attitude de Brian, mais obtempera.
Finalement ils n'ont jamais eu le temps de les enregistrer et personne ne les a jamais entendus a part moi qui avais l'oreille collee a la porte du studio.
Mon sejour etait paye par la Banque de l'Image. J'etais cense trouver de nouveaux produits pour les ramener en France et signer des contrats de distribution. Mais comment travailler alors qu'on est 24h/24 avec les Lords Of the New Church ?!!
J'en ai profite pendant qu'ils etaient partis en Allemagne en tournee quelques jours pour voir quelques fournisseurs et acheter des chantillons a ramener. J'en ai aussi profite pour revoir un soir les Christian Death apres un de leurs concerts. Valor s'etait decouvert une nouvelle passion avec Jesus et le christianisme. Il m'en parlait tout le temps a cette epoque. Je pense que c'etait surtout pour coller un peu plus au personnage qu'il s'etait cree sur scene. Je preferais discuter avec Gitane qui adorait me parler de sa petite fille et de sa vie au quotidien avec Valor. Elle avait toujours plein de potins que je m'empressais de raconter a tout le monde apres.
De retour a Paris, un mois plus tard, Caroline m'appela pour aller faire les boutiques avec elle. C'etait l'anniversaire de Stiv qu'il voulait feter en backstage apres le concert de la Locomotive. Nous lui achetames une nouvelle paire d'eperons pour ses bottes car il venait de casser les siens. Lors de la fete il me presenta un mec assis dans un coin, completement stoned qui n'arrivait pas a articuler deux mots. C'etait Johnny Thunder, l'ex guitariste des mythiques New York Dolls ! C'est la seule fois ou je l'ai vu puisque quelques mois plus tard il etait mort.
Lors d'un concert suivant au Zenith ou les Lords partageaient la tete d'affiche avec The Mission, je me baladais dans les immenses backstages pendant que Stiv se preparait a jouer. Je tombe sur Wayne Hussey, le chanteur des Missions et lui propose une serie de cartes postales pour la Banque de l'Image. Il m'a repondu de voir ca avec son agent ! J'adore pourtant leur musique mais je n'ai jamais supporte les gens qui se prennent au serieux parce qu'ils vendent quelques disques. Je les ai d'ailleurs revus en concert a la Locomotive en 2002, il n'y avait presque personne dans le public et ils ont ete assez lamentables sur scene.
En 89 a la fin du Boucanier, j'ai fait venir les Lords of the New Church au complet pour une seance de dedicaces. Stiv Bator adorait la France. C'est d'ailleurs pour ca qu'il avait decide de vivre a Paris.
Quelques jours plus tard Stiv me telephona car il avait recu un appel d'un editeur qui lui proposait de faire un livre sur les Lords. C'etait le meme editeur qui quelques annees plus tot avait sorti un livre sur les Virgin Prunes. Stiv me demanda mon avis car il connaissait mes liens avec les Prunes et je le mis en contact avec Gavin Friday, apres l'avoir prevenu que ce dernier etait en litige avec l'editeur pour un probleme de royalties. Gavin m'avait raconte toute l'histoire. Ils n'avaient jamais rien touche sur les ventes du livre. Stiv me rappela le lendemain pour me remercier, me dire qu'il avait eu un tres bon contact avec Gavin , et qu'il refusait l'offre de cette maison d'edition. A present il n'existe aucun livre digne de ce nom sur les Lords. J'aurais peut-etre du le laisser faire finalement.
Un soir, en rentrant du boulot, quelques temps plus tard, j'avais un message de Stiv sur mon repondeur. Il m'invitait a une fete chez lui le week-end suivant avec quelques amis. Joe Ramones et Debbie Harry de Blondie devaient aussi venir. J'etais fatigue ce soir la et pensais le rappeler avant le week-end pour en parler. Mais deux jours plus tard j'apprenais sa mort par un ami commun. Il s'etait fait renverser par une voiture la veille au matin en allant chercher des croissants, s'etait recouche car il avait mal a la tete, et ne s'est jamais reveille. Hemorragie interne. Je m'en suis toujours voulu de ne pas l'avoir rappele tout de suite pour parler avec lui une derniere fois. C'etait vraiment un ami proche, que j'aimais et admirais. Je n'ai meme pas de photos de nous ensemble. Un peu comme si tout ca n'avait ete qu'un reve. J'ai juste conserve des flyers qu'il m'avait donne d'un de ses concerts a New-York et un pendentif. Certains ont sniffe ses cendres un soir au pere lachaise pour lui rendre hommage.Je ne me suis pas joint a eux, j'ai toujours pris cette soit disant demande de Stiv comme une derniere plaisanterie punk de sa part. Et au moins je n'ai pas eu le nez explose pendant 15 jours...J'ai revu Caroline 15 ans plus tard a un concert de New Order mais nous n'avions plus rien a nous dire.
Je fis d'autres rencontres par la suite dans le milieu rock.
Lemmy de Motorhead, un soir au bar du Rex Club, lors d'une soiree pourrie, avec lequel je partageais quelques bieres.Il etait trop content de tomber sur quelqu'un qui le connaissait ce soir la ! Un mec adorable.Je lui parlais de mes cartes postales et il me donna son numero de telephone personnel. Je n'ai jamais su ce que j'en avais fait.Impossible de le retrouver le lendemain.La honte ! Il ne doit quand meme pas le donner a tout le monde j'imagine.
Alien Sex Fiend apres un concert au Rex en 87. Tres sympas. Et tres allumes. Ils tournent toujours mais boudent la France depuis 15 ans. Lorsque dernierement je leur ai demande pourquoi, Nik Fiend m'a repondu que c'etait juste parce que personne ne leur proposait de passer en concert a Paris, mais qu'il viendrait avec plaisir rien que pour pouvoir acheter de l'alcool en duty free... Je dois avouer que m'étant renseigne, il s'avère que leur manager est tres gourmant financièrement.
Iggy Pop, peu apres a la mort de Stiv, au Virgin megastore, lors d'un concert/signatures. Tous deux etaient tres proches et nous echangeames quelques mots a ce sujet. Je recroisais Iggy quelques annees plus tard dans un bar gothique de Pigalle, le Kata. Je l'invitais a notre table et nous discutames pendant une demi-heure. Il etait avec sa copine et ils se sont partage un verre de vin rouge. Il se souvenait de notre premiere rencontre. C'est vraiment quelqu'un de tres doux, meme un peu timide. Rien a voir avec le Iggy Pop hysterique que l'on peut voir sur scene. Nous avons parle de son dernier album, de son recent voyage en Argentine,de sa life quoi...Dans le bar personne ne faisait attention a lui, genre blases. Oui c'est Iggy Pop et alors ? Pourtant ca n'arrive pas tous les jours d'avoir une telle legende vivante a sa table !
La chanteuse des Genitorturers qui après son concert me dit que les français sont trop mignons et veut m'emmener dans sa chambre d'hotel.J'ai bien entendu refusé...
Puis il y a eu Ghost Dance avec Anne-Marie, ex chanteuse des Squeletal Family, et Gary, ex guitariste des Sisters of Mercy. On m'avait invite a la balance l'apres-midi avant leur concert du soir et j'ai passe le reste de la journee a leur faire visiter Montmartre et boire des bieres avec eux sur les pelouses du sacre coeur. Des gens charmants et un tres bon concert le soir. Je suis reste avec eux jusqu'a 5 h du matin. Ils etaient bien sur d'accords pour faire une carte postale mais l'imprimeur pour lequel je travaillais n'a pas voulu. Pas assez connus.
Un samedi, a la Banque de l'Image, un grand type rase vient me voir et me file une cassette de son groupe, Treponem Pal. Trouvant sa musique plutot innovatrice et interessante je decide de suivre l'evolution de ce groupe en commencant par leur faire signer une carte postale qui fut a mon etonnement acceptee par l'imprimeur malgre un visuel tres trash et une renommee plus que douteuse comparee a Ghost Dance.< O:P>
Marco, le chanteur, devient vite un habitue du Boucanier. Je lui fais rencontrer tous les gens actifs dans le milieu. Il m'emmene peu de temps apres en tournee en Suisse avec eux et me fait rencontrer les Young Gods et Stephane Eicher qui avait deja malheureusement splitte son groupe Grauzone. Les Young Gods sont des gens etonnants. J'ai passe 3 jours dans leur squatt a Geneve et je ne les ai jamais vu dormir. Je quittais Franz, le chanteur,et Cezare, le sampler, a 3 h du matin, apres une longue discussion dans la cuisine, quelques verres et joints, pour les retrouver a midi lorsque je me levais au meme endroit. Ils n'avaient pas bouge et continuaient a boire et fumer, en pleine forme.
J'ai egalement rencontre les membres du groupe Hawkwind a cette periode, lors d'un concert au Plan a Ris Orangis. Lemmy de Motorhead avait lui-meme commence sa carriere dans cette formation mythique que l'on ne peut voir generalement que lors de festivals gigantesques en tete d'affiche devant les Doctor & the Medics et autres Gaye Bikers on Acid. Et la je les retrouve dans une salle de 100 personnes, je pousse une porte entrebaillee, et je les vois en train de diner avant le concert dans la cuisine des backstages.Je rentre, m'assied a leur table et me presente. Ils m'ont finalement invite a partager une bouteille de vin avec eux et nous avons discute pendant une heure. De grands moments.
A cette epoque le Boucanier commencait a me lasser, malgre quelques soirees memorables comme celle apres le concert d'Alien Sex Fiend .300 personnes dans une salle en contenant une centaine normalement.
Je decidais d'arreter et d'en confier les renes a God Zoo . Par la suite ce fut le declin progressif du Boucanier qui attirait trop de skins et de psychos a cause de sa programmation musicale et qui finit par fermer ses portes definitivement un an plus tard. Il a été par la suite transformé en restaurant puis maintenant en cinéma.
Je voulais en fait agrandir la soiree et changer de cadre. J'allais frapper aux portes du Whisky Gogo a St Germain des Pres. C'est la que Jim Morrison avait passe sa derniere soiree avant d'etre retrouve mort chez lui le lendemain.
J'appelais la soiree Pagana Nox .
Je proposais aux Prunes d'y passer en concert a l'occasion de la sortie de leur album Light Fantastik .
Suite a un probleme technique au dernier moment, ils durent faire un concert accoustique. Mais cela reste un grand souvenir meme si une partie de la soiree m'echappe totalement suite a un trip qu'on avait glisse dans mon verre ce soir la. Pas malin de faire ca a l'organisateur de la soire. J'ai du me faire remplacer a la sono.
La piste de danse du Whisky Gogo etait vraiment trop petite. Apres quelques soirees dans cet endroit, on me proposa la salle Valencia a Pigalle (maintenant la Boule Noire), une tres grande salle. Je sautais sur l'occasion et changeais a nouveau de salle et de nom de soiree. Desormais c'etait L'adrenochrome en hommage a un titre des Sisters of Mercy.
L'Adrenochrome fut beaucoup plus heteroclite au niveau musical, mais ce melange fonctionnait tres bien. J'y organisais aussi des expos de photos et des perfos. C'etait un espace libre ou chacun pouvait s'exprimer.
Un soir j'etais arrive un peu en retard, la salle avait commence a se remplir et le chanteur du Cri de la Mouche, un groupe parisien, s'etait installe a la sono avec mes disques en m'attendant et avait ouvert la soiree. Je l'ai directement jete de l'estrade. Personne n'avait le droit de toucher mes disques et de faire la soiree a ma place !
J'ai d'ailleurs appris sa mort dernièrement.
J'ai fini par me lasser d'organiser des soirees et de vivre la nuit. J'ai tout arrete d'un coup pour chercher un boulot plus stable. J'ai egalement quitte la Banque de l'Image a cette epoque. En fait la nouvelle collection de cartes postales que j'etais charge de developper prenait de l'importance. Des maisons de disques comme Virgin, EMI ou Warner commencaient a me contacter sachant que je devais etre le seul a demander des autorisations et verser des royalties pour le compte d'un editeur au lieu de faire du piratage comme tout le monde. On me proposa des artistes comme Jean-Louis Aubert ou meme Gainsbourg. L'agent de ce dernier me proposait carrement de gerer son image en merchandising en exclusivite. Il nous donnait tous les droits pour les cartes postales, posters, badges ou autres produits derives, a condition de faire la chasse aux fraudeurs. Il suffisait de verser a la maison de disque un certain montant en droit d'entree puis un pourcentage regulier sur les ventes. Tout a fait acceptable pour une telle exclue. La BDI a refuse, preferant continuer a pirater, et je me suis fait griller aupres de la maison de disque. On ne pouvait pas refuser une telle proposition ! 2 mois plus tard Gainsbourg etait mort. Mon patron s'en est mordu les doigts, et moi j'ai demissionne. Il aurait du me faire confiance.
J'ai pris un certain recul par rapport a ce milieu par la suite.
En 99, apprenant que les soirees gothiques existaient toujours sur Paris, curieux de voir comment tout ca avait evolue pendant mon absence, je decide de m'y replonger. Une dizaine de soirees se tiennent regulierement dans des caves ou des peniches. Le public s'est multiplie par 100. Un vrai phenomene de mode qui attire les plus jeunes. Les fringues ne se fabriquent plus, elles s'achetent dans des boutiques specialisees. Les groupes pullulent dans plein de styles et de sous-categories differentes. Les gothiques passent meme dans des emissions de television en prime time . A ma grande surprise beaucoup se souviennent ou ont entendu parler du Boucanier qui est devenu une soiree mythique.
L'occasion est trop belle de remonter la soiree. Nous sommes en 2002.
La nouvelle soiree va s'appeler L'Heretic Ballroom et se situer au Divan du Monde a Pigalle. Ce sont les seuls qui acceptent de fonctionner en co-prod. La premiere soiree fonctionne tres bien et attire toute la jet-set gothique parisienne curieuse de voir un fantome ressurgir.
J'y organise aussi des perfos ,des projections de VJ's et des concerts.
Enfin, le seul groupe qui accepte de passer gratuitement s'appelle Hot melt glue gun et n'est finalement pas tres adapte au style de la soiree. Trop indus. Je fais trois soirees la-bas avant d'arreter.
L'année suivante, l'envie de faire une descente à Londres se fait sentir afin de voir quelles sont les nouvelles tendances. La première soirée à l'Electric Ballroom est assez décevante. Ils ont tourné au Métal...
Le lendemain par contre c'est la soirée Fétish Torture Garden. C'est au « Mass » que nous allons passer cette soirée .
Nous nous préparons à l'hotel. Il faut dire que le dress code y est très serré. Le flyer, récupéré l'après-midi au Cyber-Dog de Camden Market (la boutique branchée de tenues futuristes et autres accessoires indispensables en soirée) annonce : « explorez votre imaginaire : Fantasy, fetish, body art, dragqueen, burlesque, cabaret, uniformes, médical, carnaval, oriental, electro freak, porno punk, cyber,etc.La devise du TG : « si votre tenue ne fait pas se retourner les têtes dans la rue, ne la portez pas au TG » . En illustration sur le flyer, une lolita masquée vêtue de vinyle noir et blanc.Quatre dance floors, des installations visuelles et des performances live et un donjon équipé.Le ton est donné...
Après trois bonnes heures de préparation pour notre petite bande (surtout concernant les filles pendant que les garçons vident quelques vodka / redbull) et une demi-heure de métro dans lequel nous ne passons pas inaperçus, le Mass se présente enfin devant nous. L'immense cathédrale de béton projette son ombre dans toute la rue. Quelques rayons de lumières rouge filtrent à travers les minces ouvertures.
De tous côtés arrivent des créatures étranges et futuristes aux looks improbables.
On se glisse dans la file d'attente, qui s'étire sur une dizaine de mètres. Il commence à pleuvoir.
Au bout de la file, une physio ouvre les manteaux les uns après les autres et vérifie que le dress code est bien respecté. Deux personnes devant nous se font refouler. Pas le style voulu. Etre habillé en noir ne suffit pas pour rentrer. Nous passons le contrôle après avoir expliqué que le reste de nos vêtements et accessoires sont dans nos sacs. On nous fait prendre un escalier en colimaçon, qui nous conduit au cinquième étage, où se trouvent les vestiaires. Tout le monde se change dans les escaliers. La nudité de certains ne choque personne. Nous faisons de même en finissant notre bouteille.
Finalement harnachés de cuir, latex, vinyl et accessoires fluo divers, nous descendons dans la salle principale. Un balcon entoure la piste de danse ou officie Alan TG, DJ résident et membre fondateur. La programmation musicale oscille entre hard house, electroclash, transe et drum n bass. Les personnes présentes sont de tout âge (18-50 ) .On imagine aisément, à côté de l'étudiante en cuissardes et corset, le cadre supérieur tout en latex sous son masque à gaz, qui a laissé tombé le costume-cravate pour un soir. Certaines tenues sont véritablement hallucinantes d'imagination et de créativité. D'autres corps sont nus et peints ou entièrement tatoués et piercés. Personne ne s'inquiète de l'apparence de l'autre. Les codes de conduites sont très stricts et la moindre faute de comportement peut être punie d'exclusion immédiate. Il est par exemple totalement interdit de toucher quelqu'un sans son consentement.
Une performance démarre sur la scène centrale. Un homme aux multiples piercings sort une agrafeuse de tapisserie et commence à l'utiliser sur diverses parties de son anatomie.
Il accroche ensuite des poids à ses piercings puis se transperce les joues avec des aiguilles.
L'ambiance est électrique.
Nous passons dans la deuxième salle : le cabaret. Changement d'ambiance.Un mélange de BO de films et de musique baroque et décadente baigne l'endroit. Sur la scène se prépare un défilé de mode fétichiste. Les créateurs présentés sont des références dans le milieu : House of Harlot et Murray & Vern. Les infirmières à cravache succédent aux anges démoniaques sadiques. Chaque série de vêtements est mise en scène de façon plus ou moins explicite mais toujours très théatrale.
Nous décidons de descendre au « donjon ». Une ambiance très lourde et froide nous y attend. Pas de musique. Seul résonne le claquement des cravaches ou des mains sur la chair et les gémissements qui y répondent. Quelques soumis accrochés sur des croix attendent le bon vouloir de leur maitresse. Une foule de curieux se pressent devant ces spectacles improvisés.
Notre visite des lieux continue par l'endroit le plus secret de ce jardin des supplices, de cette cathédrale de débauche : les backrooms. On ne peut y entrer qu'en couple, hétéro ou homo peu importe. L'entrée est très surveillée. A l'intérieur, des corps à moitié dénudés se serrent les uns contre les autres dans une semi-obscurité. No comment Mais no safe sex non plus...
Les toilettes valent le détour aussi. Les lavabos débordent de parfums de marque et produits de maquillage. Il suffit de montrer son parfum préféré pour être immédiatement délicatement aspergé par la « dame pipi » qui vous tend juste après un sopalin pour vous essuyer les mains.
La soirée se continue sur la piste de danse au milieu d'effluves de poppers, le bar plutôt calme, compte tenu du prix des consos, et les différentes performances présentées.
Petite déception : ce soir-là, il n'y a pas eu de concert. Parfois les Genitorturers, Test Dept, ou Death in June sy produisent en live.
De même, il nest pas rare d'y croiser des personnalités telles que Boy George ou Marilyn Manson accompagné de Dita von Tease.
Une annonce au micro et le passage des videurs dans les différentes salles à 6 h du matin nous prévient que la soirée se termine et nous invite à rejoindre le vestiaire.
Nous n'avons pas vu passer la soirée tellement elle fut riche d'évènements et de rencontres fortuites. Chacun disparait rapidement dans l'aube naissante tel une silhouette indéfinissable et éphémère retournant vers une réalité improbable.
( On peut retrouver ce passage sur le Torture Garden dans le livre "Goth" que j'ai réalisé avec Patrick Eudeline ).
Deux ans plus tard, l'idée de remonter à nouveau le Boucanier me démange. Je m'associe à l'association BGX, des amis qui organisent des soirées Fetish.
Je trouve l'idée de mixer Goth et Fetish assez intéressante . La soirée va s'appeler « Cyberpunk ». Le dress-code est plutôt serré. Je cherche un nouveau groupe à faire passer en concert. Jai besoin d'un groupe français qui ai marqué les années 80. Le choix est clair. J'appelle mon ami Denis Bortek et son groupe Jad Wio. Il accepte sans hésiter. On se voit un soir au Black Dog, le bar goth des Halles, afin de mettre au point la playlist. Que des tubes.Tous les morceaux de l'époque.
Un défilé de mode de la « Freaks Family » aura également lieu en début de soirée. Un fakir s'y perce les joues avec des aiguilles et avale du feu.
La soirée se passe sans accroc et avec beaucoup de monde. Presque trop de monde. Beaucoup sont frustrés de ne pas pouvoir approcher les Jad Wio. Le concert à lieu à minuit puis nous prenons le relais aux platines. La piste de danse ne désemplit pas jusquà 7 h du matin.
Quelques mois plus tard je rejoins les Jad Wio à Strasbourg ou ils doivent se produire lors d'un festival.
Alors que nous sommes ensemble dans les backstages nous voyons entrer Andy Sex Gang de « Sex Gang Children ». Il a l'air plutôt mal à l'aise et stressé. Il refuse même que nous fassions des photos avec lui.
Il faut dire qu'il passe en dernier à deux heures du matin et que après les Punish Yourself, Jad Wio, Xymox ou Legendary Pink Dots, sa musique de cabaret peu inspirée fait fuir tout le monde et il fait un concert devant 30 personnes.
De retour à Paris, j'assiste au concert de Gogol 1er, son retour sur scène après des années d'absence.
Cela fait aussi quelques années que nous ne sommes pas vus. Après le concert je me retrouve dans les loges avec lui. Il ne m'a pas oublié et me promet même de venir à ma prochaine soirée. Il tiendra parole.
2004 :Par l'intermédaire de mon boulot ( je bosse depuis 10 ans dans une célèbre agence de presse photographique ) et lors d'une soirée organisée par un éditeur, on me présente Marca qui bosse à radio Nova. Nous sympatisons immédiatement en nous remémorant tous ces endroits des années 80s que nous fréquentions tous les deux. De cette discussion découle l'idée de réaliser un livre sur le mouvement Goth. Nous en parlons à l'éditeur qui accepte le projet. Malheureusement Marca décède au jour de l'an . Encore un ami de moins...Mais l'éditeur ne lâche pas le projet et nous décidons de faire appel à Patrick Eudeline pour le réaliser. Il me laisse carte blanche pour le choix des photos et comme il n'a pas le temps d'écrire lui-même tous les chapitres il fait appel à divers rédacteurs dont moi-même pour le chapitre sur les soirées fétish à Londres. Le livre est tout de suite un succès .
Je décide de monter une soirée Boucanier aux caves Saint Sabin pour la sortie de « Goth ». L'éditeur invite tous les journalistes de rock et autres personnalités du milieu.
Gogol se pointe avec sa horde et tombe sur Philippe Manoeuvre. S'ensuit une baston entre les deux qui se termine heureusement sans trop de mal. Je pense que Manoeuvre n'a jamais pardonné à Gogol la pochette de son album "J'encule" .Sinon la soirée est une réussite totale, nous sommes même obligés de refuser du monde à l'entrée.
Les photos de toutes ces soirées sont visibles sur http://spaces.msn.com/leBoucanier/
Fin 2005, à lieu une nouvelle soirée Boucanier au Klub.
Rien à dire de celle ci en particulier à part que malgré le fait que nous l'organisons le 30 décembre la salle est pleine et la piste de danse ne désemplit pas.
Au même moment je découvre Liquid Architecture, un groupe d'électro monté par un de mes amis qui est également co-fondateur du palais de Tokyo.
J'assiste a tous leurs concerts puis leur propose de passer en concert lors de ma prochaine soirée après un show au Nouveau Casino. Malheureusement ils sont en tournée en Allemagne au même moment.
Quelques semaines plus tard, je file au Maroc, à Marrakesh, histoire de prendre un peu de soleil. Après quelques jours de souks, épuisés par les vendeurs de tapis et autres charmeurs de serpents, je me retrouve à errer dans les musées afin de profiter d'un peu de calme.C'est là que je tombe par hasard sur Oli dit "Le Baron". Nous nous connaissons par l'intermédiaire de Bortek car il a joué dans Jad Wio à un moment.
On l'appelle le mercenaire du rock car il a joué avec beaucoup d'artistes ,entre autres Jean-Louis Aubert,Sylvain Sylvain des New York Dolls, Raphaël...Trop content de tomber l'un sur l'autre au milieu de la cashbah nous passons la soirée devant un couscous et quelques bouteilles de vin. Rock the Cashbah !
Quelques jours plus tard il m'invite à son concert parisien avec son nouveau groupe "Le Cercle" dans lequel joue Richard Kolinka, l'ancien batteur de téléphone. Du bon R&R !
En prévision de la prochaine soirée Boucanier, je contacte Johnny Melton dit Johnny Slut, ex membre des Spécimens, à Londres. Je cherche un guest DJ de son envergure afin d'amener un petit plus à la soirée. Johnny organise dorénavant des soirées electro-clash très prisées le jeudi soir à Londres avec Boy George. En 1982 c'est lui qui a monté la boite "Le Batcave" toujours à Londres. Sa programmation musicale allait du glam-rock et des standarts du rock à billy ou du punk aux rythmes plus dance floor des émergeants Alien Sex Fiend ou Southern Death Cults.
Un soir, Ian Astbury discute au bar avec Johnny Slut. Tous les deux voient arriver un autre habitué des lieux, Andy Sex Gang. Celui ci est habillé tout en cuir et fourrures. Ian Astbury le compare alors à un "goth" en référence à la célèbre tribu de barbares germaniques. L'appelation le suivra désormais puis finira par le dépasser et désigner l'ensemble de ce nouveau mouvement.
C'est donc de cette fameuse boite londonienne que tout est parti.
L'idée est que Johnny Slut vienne mixer du Batcave pendant une heure au Boucanier.Je suis prêt à lui payer l'Eurostar. Mais celui çi a dû prendre la grosse tête depuis qu'il fréquente Boy George. Il demande un cachet astronomique, deux ou trois nuits d'hotel et ne veut plus entendre parler de batcave. Il veut mixer de l'electro uniquement.En plus il n'est plus du tout looké bien sûr...Notre collaboration s'arrête donc là. Aucun intérêt...
Mai 2006 : Une nouvelle soirée Boucanier a donc lieu aux caves Saint Sabin.
A minuit la salle est déja remplie.
Le concert de début de soirée est assuré par un groupe découvert sur myspace :Animal Machine, rebaptisé Plan B par la suite. C'est un groupe d'électro francais très prometteur. Leur morceau "In Distress" pourrait bien devenir un futur tube de soirées goth-électro. La chanteuse a en plus une réelle présence sur scène. Bref un concert très réussi.Depuis le groupe a malheureusement splitté et la chanteuse continue à se produire à Berlin avec de nouveaux musiciens.
Puis s'ensuit une très belle perfo de Juliette Dragon, strip tease cabaret et feu au programme. Un grand moment.Les photos sont en ligne également.
Pendant ce temps un joueur de cornemuse met de l'ambiance au bar, juste avant que démarre la perfo de Collapse.
Je les avais repéré deux jours auparavant au Klub et leur avait proposé de jouer le samedi. Le chanteur est l'ancien bassiste de Treponem Pal. Il me restait une petite salle de libre, la première étant occupée par les stands de vêtements de Scars & Spikes et de bijoux de Kustom. Le concept consiste en une série de mini concerts accoustiques auxquels on assiste par groupe de 4. Ils font entrer les gens dans l'obscurité, commencent à jouer et rallument la lumière. Et là on se retrouve entouré de 8 musiciens, donc au coeur du groupe et de leur musique electro tribal accoustique très mélodique. Une expérience unique...Et qui en a surpris plus d'un. Ils ne devaient jouer que deux heures a la base mais vu la demande ils continuaient encore à 5 h et demi !
La piste de danse quant a elle reste remplie jusqu'a 6 h, l'heure de la fermeture.
Bref une soirée très réussie a mon avis et peut être même la meilleure de toutes.
Il était donc logique que Collapse soit le concert principal de la prochaine soirée qui a lieu en Octobre.
Je reste fidèle aux Caves à nouveau. Nous sommes pratiquement devenus résidents là-bas.< P>
Vu qu'il n'y a aucune autre soirée goth concurrente de tout le WE en face de nous, la salle est blindée dès l'ouverture, et ce malgré l'interdiction de flyer dans les principaux bars et restos goth de la capitale à cause d'une embrouille entre les patrons respectifs des lieux...
Le concert de Collapse attire du monde et commence à bien chauffer la salle.
A part un problème de cable qui empêchera le passage prévu de Rachel du Cabaret des Filles de Joie et une machine à fumée qui s'emballe et se vide d'un coup sur la piste de danse la rendant irrespirable quelques instants, la soirée se déroule bien.
La semaine suivante les Jad Wio passent chez moi à l'occasion d'une petite fête improvisée. Au bout d'un moment une guitare sort de son étui et cela donne un mini concert privé qui nous vaut quand même une descente de flics après un "Russian Roulette" enflammé en hommage à Stiv.
Janvier 2007 : Alien Sex Fiend passe en concert à Paris après plus de 20 ans d'absence ! Le dernier concert auquel j'avais pu assister datait de 1986 au Rex.J'y avais d'ailleurs réalisé un enregistrement pirate.
Dès la fin du concert nous filons dans les backstages ou l'ambiance est très détendue. Pas plus d'une dizaine de personnes. Nick et Miss Fiend se prêtent volontiers à une petite séance de photos et nous passons un moment à discuter avec eux . Finalement le meilleur moment du concert qui n'était malheureusement pas aussi bon que celui de 86...
Un mois plus tard c'est au tour de Nin Inch Nails de passer à Paris à l'Olympia.
Concert excellent comme d'habitude mais aucune communication avec le public. Nous réussissons à obtenir des pass pour l'after-show en backstages. Une vingtaine de personnes y sont présentes dans une atmosphère un peu tendue d'attente. Une fille joue du NIN au piano tandis que nous nous dirigeons vers le bar pensant que c'est open bar, mais non, les consos sont payantes.
Au bout d'une demi-heure d'attente dans une salle non-fumeur apparait le bassiste, Jeordie White, plus connu sous le pseudo de Twiggy Ramirez dans Marilyn Manson. Il se prête au jeu des dédicaces timidement. Au bout d'une heure d'attente nous comprenons que Trent Reznor ne se montrera pas, il serait même rentré à l'hotel d'après la sécu.
Fidèle à son image, finalement, il ne communique toujours pas avec son public...
Suite à la parution du livre Goth, France Culture me contacte afin de m'interviewer sur les soirées goths dans l'émission Minuit Dix. Je propose à Lady Agnes avec qui j'organise les soirées de longue date de m'accompagner.
L'autre invité ce soir là est le PDG de MTV France qui fût aussi un ancien goth qui fréquentait la Sébale ! Nos hôtes ont beaucoup de mal à nous arrêter nous remémorer tous nos souvenirs de cette époque. Nous décidons de garder contact et de nous revoir après cette émission.
19 Mai 2007 : Nouvelle soirée Boucanier.Je décide de faire passer à nouveau Jad Wio à l'occasion de la sortie du nouvel album Sex Magick. cela s'est décidé en fait avec leur manageuse lors d'une soirée du magazine Tecknikart sur une péniche Parisienne. Ils jouent la plupart de leurs standarts et terminent sur une reprise de Planet Claire des B-52's. Au concert se greffent un passage pyrotechnique de Juliette Dragon puis de la compagnie Vatra. Pendant ce temps au bar un sorcier médiéval réalise des tours de magie et deux filles proposent des tatouages provisoires à paillettes. Les stands de vêtements et autres créations ont l'air d'avoir également du succès.
Le Pdg d'MTV est présent à la soirée ainsi que Pat Mills, le scénariste de la BD Requiem qui s'est déplacé de Londres pour l'occasion.
Tous deux apprécient la soirée malgré la foule compacte. Il va vraiment falloir trouver une salle plus grande que les caves St Sabin.
Une semaine plus tard les 69 Eyes passent en concert à Paris au Nouveau Casino. Nous filons en backstages les voir à la fin. Enfin plutôt dans le placard vu la taille des backstages. Jyrki, le chanteur, me demande ou passer la soirée après. Je lui propose le Black Dog mais vu qu'une heure après ils n'ont toujours pas décollé et que le Black Dog ferme ses portes, je lui dit d'aller plutôt au Kata bar à Pigalles qu'il connait puisqu'il y a déjà mixé ou à la Cantada, un bar punk dans le quartier . Mais il me répond qu'il préfère aller au Black Dog et file tout seul en taxi avec une partie de son matos, apparemment énervé par la qualité de son concert. Je ne sais pas ou il a fini par se retrouver mais personne ne l'a vu plus tard dans la soirée. J'ai quand même droit avant son départ à un CD de démo avec des nouveaux morceaux.
2007 c'est aussi l'année de la reformation de Christian Death.
Deux formations se font concurrence, celle d'Eva 0 ( CD 1334 ) et celle de Valor.
C'est CD 1334 qui passe tout d'abord à Paris.
Valor qui a toujours continué à utiliser le nom de Christian Death et à sortir des albums interdit à Eva 0 d'utiliser le même nom sous peine de procès.
Christian Death 1334 devient donc CD 1334.
Malgré la présence de la "gothic queen" comme elle aime à se faire appeler et le fait que la playlist ne reprenne que les deux ou trois premiers albums, le concert est lamentable. Les tubes s'enchainent effectivement mais sont massacrés. Eva 0 hurle plutôt qu'elle ne chante et le guitariste issu des 45 grave fait plutôt penser au clown-démon de Spawn avec son maquillage d'ado gothique et sa combinaison dorée.
Après ce concert sans grand intérêt, j'aperçois Eva devant son stand de tee shirt.
Après avoir échangé quelques mots j'essaye de faire une photo avec elle.Vu que je n'ai toujours pas appris à me servir de mon appareil photo le flash ne se déclenche pas. Après trois essais infructueux Eva, patiente et amusée, sort son briquet pour faire un peu de lumière et me propose de faire une nouvelle tentative. La photo est floue mais j'ai trouvé son geste plutôt sympatique. Elle a l'air moins terrible que le personnage qu'elle tente d'incarner. En tout cas je la vois passer du temps avec ses fans.
Quelque temps après c'est au tour de la bande à Valor de débarquer à Paris avec Die Krupps en première partie. Leur nouvel album, à l'origine de cette tournée, est à mon avis leur meilleur depuis une dizaine d'années. Il s'agit d'une nouvelle formation depuis leur dernier passage à Paris puisque Gitane Demone a quitté le groupe après leur divorce, remplacée par la non-moins charmante Maitri. Valor semble avoir rajeuni de 10 ans. Je le reconnais à peine. Le concert est parfait malgré un problème avec le violon électrique qui provoque la fureur de Maitri mais les gens ont l'air déçus qu'à part deux morceaux la playlist ne concerne que le nouvel album.
On ne peut que reconnaitre à Valor l'honneteté de laisser à sa rivale de CD 1334 l'interprétation des vieux tubes du groupe puisqu'elle fut à l'époque l'épouse de Rozz Williams, le fondateur du groupe décédé en 1998.
A la fin du concert je file féliciter Valor en backstages pour la qualité de son show et de son album. Il a l'air très en forme et moins allumé que lors de son dernier passage à Paris. En tout cas très gentil et disponible immédiatement après son concert pour signer quelques autographes ou faire des photos avec les rares à avoir osé franchir les portes des backstages.
Les textes des morceaux de Christian Death
ont toujours évoqué des thèmes comme la mort, la religion, la drogue ou les sciences occultes. C'est toujours le cas. Ils ont été les premiers, du moins dans le milieu goth, à insérer Lautréamont ou Beaudelaire dans leurs chansons, à mélanger musique et littérature. De là vient certainement cet engouement du milieu goth pour la littérature du XVIII e siècle. Peu de personnes lisaient Lewis, Walpole, Radcliff ou Maturin avant. Dans les années 80 on ne s'intéressait pas vraiment à tout ce qui fait que ce mouvement est soit-disant devenu une "culture" à présent. Culture qui ne fait en fait que récupérer et mixer tout ce qui concerne de près ou de loin l'aspect morbide et mélancolique voir choquant ou extravaguant de la musique.
Cela va bien sur de l'imagerie liée aux cathédrales gothiques ( tout ce qui comporte le mot gothique en fait est bon à prendre ), en passant par les films expressionnistes allemands ou de la Hammer (Dracula, Frankenstein, etc ), la littérature fantastique du XVIII e siècle, la peinture des pré-Raphaélites, jusqu'à l'imagerie liée à la religion quelle qu'elle soit et au mysticisme, incluant bien sûr le coté obscur en l'occurance tout ce qui est démoniaque par rapport au christianisme. Ce qui après tout n'est pas illogique car pourquoi avoir peur de ce en quoi on ne croit pas ? Peu de goths de ma connaissance pratiquent ou croient en une religion et de toute façon le bien ne va pas sans le mal, le ying sans le yang. Ceux qui traitent les goths de satanistes n'ont eux même rien compris à la religion. Ce sont certainement les mêmes qui vont à la messe une fois par an pour effacer leurs péchés d'un coup de baguette magique et échapper ainsi à la damnation éternelle. Ce sont leurs propres peurs qui depuis des siècles ont crée l'image du démon et de l'enfer vs le paradis, ainsi que la puissance de l'église sur les masses qui l'a conduit à des actes extrèmes tel que l'inquisition et la chasse aux sorcières. Quel mal peut il y avoir après tout à porter un pentacle plutôt qu'un Ankh ou une croix de torture romaine ou à préférer dans la bible le passage de l'apocalypse à partir du moment ou l'on sait que tout ça n'est que pure fiction et qu'on ne s'adonne pas non plus à des pratiques douteuses dans les cimetières les soirs de pleine lune bien évidemment.
L'apocalypse pour ceux qui savent lire entre les lignes ne décrit que l'occupation romaine et l'espoir de s'en débarrasser. D'après de nombreux historiens et archéologues le fameux 666 est un code qui signifie Néron l'empereur des romains. La bête qui y apparait avec ses 7 têtes n'est autre que Rome et ses sept collines.
Le tombeau de Jesus a été découvert, les fouilles archéologiques arrétées et etouffées par l'église.les travaux de Champollion furent bloqués par cette même église après qu'il ait traduit une stèle égyptienne antérieure de quelques années à la date du déluge dans l'ancien testament, sous peine que ses découvertes sur la pierre de Rosette ne soient jamais publiées.
Combien de preuves faudra t-il encore pour que religion cesse de rimer avec superstition ?
Mais je m'éloigne du sujet. Non les goths ne sont pas plus des satanistes que des romantiques du XVIII e siècle ou des vampires. Du moins ceux que je connais.
Et après tout, les premiers à avoir utilisé l'image démoniaque à travers la musique ne sont-ils pas Black Sabbath, Alice Cooper et même les Rolling Stones ? La musique dite Métal regorge de telles références, pas le Goth. C'est de toute façon un débat sans fin et sans intérêt pour un mouvement qui se veut underground et n'a donc rien à prouver à personne. Mais peut on parler vraiment de mouvement lorsque même leurs pricipaux acteurs s'en défendent ? Les Virgin Prunes ont toujours refusé toute étiquette y compris celle de cabaret. Mission , Cult et les Sisters crachent sur le terme gothique.
Ce terme n'existait même pas avant que le chanteur de UK Decay ne l'évoque dans une interview en réponse à une question concernant le style de musique qu'il faisait,
ou bien que Ian Astburry ne traite Andy Sex Gang de lutin gothique a cause de sa façon de s'habiller et de l'endroit ou il habitait à Londres, appelé the Visigoth towers :
"One of the groups coming up at the same time as Southern Death Cult was Sex Gang Children, and Andi - he used to dress like a Banshees fan, and I used to call him the Gothic Goblin because he was a little guy, and he's dark. He used to like Edith Piaf and this macabre music, and he lived in a building in Brixton called Visigoth Towers. So he was the little Gothic Goblin and his followers were Goths. That's where goth came from."
– Ian Astbury of The Cult, (Alternative Press Nov.1994)
La semaine suivante a lieu un nouvel évènement dans le monde du rock gothique :
The Mission fait sa tournée d'adieu et passe à Paris. En dehors du fait que j'adore ce groupe ca fait longtemps que j'attend d'être confronté de nouveau à Wayne Hussey depuis cette rencontre peu convaincante en première partie des Lords of the New Church.
Pour un dernier concert avant la séparation du groupe, la playlist n'est pas très convaincante. Ils ne jouent que les quatre premiers albums sur scène mais pas vraiment les meilleurs morceaux à part deux ou trois exceptions. La magie n'opère pas trop cette fois. Le concert est arrêté brutalement sans rappel de leur part car la salle doit être évacuée à minuit pour faire place au nouvel an chinois.
Malgré une horde de roadies j'arrive à passer dans ce labyrinthe que sont les backstages de cette salle et à me retrouver devant Wayne qui est recroquevillé seul dans un coin. Apparemment un problème avec son batteur...
J'ai juste le temps de lui dire que je trouve dommage qu'il arrête Mission pour se consacrer à une carrière solo plus que douteuse puisqu'elle ne consiste qu'à faire des reprises de Cure ou de U2. Un roadie m'attrape par le bras et me fait sortir. Wayne a à peine levé la tête avec un air désolé comme pour s'excuser d'être de mauvaise humeur ou bien d'arrêter son groupe. Cette deuxième rencontre n'aura donc pas été plus convaincante que la première, et j'aurai été le seul à pouvoir lui parler après le concert...Des personnes attendent pour faire signer des disques mais les roadies sont impitoyables et virent tout le monde.
Entre temps un nouveau livre sur le rock gothique a vu le jour. Cette fois c'est avec Christian Eudeline, le frère de Patrick, que je collabore à cet ouvrage. Je ne m'occupe cette fois que de la sélection des photos mais le livre est au final plutôt réussi même s'il ne fait que survoler le mouvement. Un chapitre aborde quand même les groupes français et met à l'honneur Kas Product, Jad Wio et Taxi Girl entre autres.
Une ligne de remerciements m'est consacrée
à la fin.
"Goth" , le premier livre a également fait des petits puisqu'une version simplifiée sans photo a vu le jour, suivi d'une adaptation sous la forme d'un dictionnaire gothique.
Elles ont au moins le mérite de citer le Boucanier.
Aujourd'hui j'apprend que Camden Market a brulé. Plusieurs boutiques ont été touchées, les flammes ont atteint 10 m de haut et il a fallu une centaine de pompiers pour en venir à bout. Le pub principal et historique de Camden dont les habitués comptaient Ammy Whinehouse, Kate Moss ou Pete Doherty a également été détruit. Heureusement le Cyberdog n'a pas été touché.
Déjà la plupart des boutiques commençaient petit à petit à disparaitre. Le Black Rose, l'équivalent du Grouft à Londres, avait déjà vendu la moitié de ses murs a son voisin, et certains marchés étaient fermés pour travaux.
Il est vrai que la ville de Londres cherche depuis un moment à récupérer les terrains pour construire des habitations et prolonger la ligne de métro, ce qui a provoqué des manfestations de protestation de la part des riverains et des commerçants.
D'après les journalistes, le marché de Camden attire surtout des marginaux.
Veulent ils parler des goths et des punks ?
La dernière fois que j'y suis allé, les seuls punks que j'ai vu portaient des panneaux publicitaires dans le dos pour attirer la foule immense des touristes vers telle ou telle boutique.
Camden reste encore la quatrième destination touristique à Londres.C'est l'équivalent des Puces de Paris.
Cet évènement suit surtout la volonté du gouvernement anglais de nettoyer Londres pour construire plus de logements ou attirer des fonds de commerce plus lucratifs.
Kensington Market , le premier marché goth,a disparu depuis bien longtemps; Carnaby Street, la rue des mods et des punks dans les années 60 et 70 a fait place à une réplique de la Cours St Emilion à Paris;
Il ne restait plus que Camden a nettoyer...
On peut donc se poser des questions et se demander s'il s'agit vraiment d'un incendie accidentel.
Londres est de moins en moins la ville rock et à la pointe des nouvelles tendances qu'elle a pû être dans le passé.
Autre chose qui n'est plus comme avant, l'un de mes groupes préférés: Hawkwind !
Alan Davey, l'un des fondateurs du groupe, les a quitté pour remonter un ancien projet avec un rescapé de Motorhead :Gunslinger.
Il m'en explique lui même les raisons :
"Hi Le Boucanier! yes please ask as when we come to Belgium/Holland we could do Paris! I'm not in HW anymore,its lost its magic!
I left as I wasn't happy with the way it was run,and i was told too many lies about things!!
Too many bad drugs and bad vibes too!!
Shame really, anyway,on wards to the future with Gunslinger!!! Thanx for any help/contacts you can get for us,regards, AD.''
Dommage, Hawkwind a perdu l'un des meilleurs bassistes que je connaisse.
On l'appelle "The Bass Monster"...
Gunslinger au Boucanier ?
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