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lili stern

Lili Stern


Last Updated: 10/17/2009

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Saturday, March 07, 2009 23:17
ATTENTION : textes et photos protégées




L’ANGE NOIR


La Question



Je n’arrive plus à respirer. Je suffoque. Surtout ne pas céder à la panique.

Le goût du sang dans ma bouche. Lèvres fendues. Langue-aéroglisseur en territoire Ratoune. Avancer prudemment. Mâchoire inférieure, trois branlantes, une brisée. À l’étage, trois trous.

Cet endroit sent l’humidité, le salpêtre et l’urine. Correction. Cette cave empeste le renfermé et JE pue la pisse. JE ME SUIS PISSÉ DESSUS !!! Purée, c’est quoi ce film de tarés !!!

Bruits de pas. Je me concentre pour capter un bout d’échange. On parle trop bas. On parle en sourdine. Comme si mes geôliers prenaient soin de ne pas m’affoler. Trop tard. Envie d’hurler. Alors pourquoi les mots refusent d’obéir ? Ils ont SOIF. Quelqu’un déverrouille la porte, actionne une clef qui peine à tourner dans la serrure. J’imaginais l’Enfer mieux huilé et chauffé.

— Bouge pas connard !
— Aidez-moi.
Ma détresse tient du hachis : une consistance molle, un bredouillement d’asticot sur viande tuméfiée . On m’a explosé la tronche.
— Pourquoi ?
— Ta gueule ou je te la coupe !
Couper ? ... couper quoi ? ... ma langue ? ... ma queue ?
Brûlure atroce. Un serpent crache sa chimie dans la veine. Penthotal, morphine, mélange maison ?

— J’suis où ?
Un coup de pied dans les côtes, un rire sarcastique. Je repose au sol, allongé sur un matelas que je devine immonde, et cette femme, qui referme la nuit sur moi, sur l’homme-chiffon, et cette folle qui continue à rire.

Est-ce que je rêve ? Je suis à Paris, rue de la Gamberge et Cécile apporte au lit le petit-déjeuner : jus de tomate bien frais, deux toasts, épais, dorés à point, enduits de beurre salé, miel d’abeilles noires d’Ouessant pour sublimer un grand Darjeeling de printemps. J’ouvre un oeil pour contempler les douceurs. Et l’autre alors ? Le droit refuse d’obtempérer. Je passe ma main dessus. Je ne rêve pas. La paupière est gonflée. Je ne rêve pas. Je cauchemarde. Depuis combien de temps suis-je là, vautré dans la douleur et dans la drogue ? Deux heures ? Deux jours ? Deux semaines ? Deux mois ? Pas deux semaines ! Pas deux mois !!! On m’aurait cherché ! On m’aurait trouvé !!! “ON”. Mais qui est “ON” ?! Je me suis pratiquement fâché avec tout le monde.

Une voix forte invective.
— Préparez-le bande d’abrutis !!! Je le veux présentable dans quarante cinq minutes !!!
Ce timbre rauque, les syllabes qui roulent à l’Orientale. Je revis la scène.

Bref sifflet, le chien disparaît.
Un vieil homme, assis sur le banc.
Il me parle.
Il est marrant Papy.
À vrai dire, non.
Papy n’est pas marrant.
Papy est inquiétant.
J’ignore ses motivations.
J’ignore son identité alors qu’il relate mon existence par le détail.
J’ai très envie de lui faire bouffer son béret.



— Tu comprends ...
Je dois comprendre quoi sale corbeau ! Tutoiement, hum, je n’aime pas ça.
— Tu comprends la prudence est de mise, poursuit l’inconnu. Les enjeux te dépassent. Tu n’as pas idée du merdier dans lequel tu te trouves. La manipulation à ce niveau d’excellence est une mécanique d’orfèvre. Et vois-tu, je suis le grain de sable, je suis la seconde de trop, je suis le point d'interrogation, je suis le Guide vers la Vérité.
— Qu’allez-vous faire ?
— Tais-toi ! Emmenez-moi ça !!!

Deux molosses se tenaient dans mon dos. Je n’avais pas remarqué. Les cimes enneigées rosissaient tandis que je blêmissais à la vue des tombes. Nous pénétrâmes dans le carré israélite du cimetière jouxtant le parc du Château. Les sbires m’encadraient. Le vieillard fermait la procession ... si ... si ... j’empreinte la travée de gauche, je ...
— N’y pense même pas, me dit le gorille en posant sur mon épaule une main large et carrée. Une paluche de criminel ou de boxeur, parfois la différence est minime.

— La question sera posée à vingt et une heure. Faîtes en sorte.
C’est quoi cette question ? Il n’a qu’à demander tout de suite le vioc au lieu de s’éloigner.



La porte en fer forgé gémit sur ses gonds. Les anges sculptés émettent un long cri de métal rouillé. J’entre dans le caveau de famille des Goldstein. Je viens de comprendre.
— Avance bâtard !
Alleg. L’Algérie. Le raffinement militaire français. L’Algérie. Alleg. Ces salopards vont me torturer. Ils vont me soumettre à la question. Ils sont malades. Avouer ... avouer quoi BORDEL !!!
Tuesday, August 26, 2008 13:28
ATTENTION photographies et textes protégés



À QUATRE PATTES


Attendre. Fébrilité. Tempe gauche. Petites perles de sueur en rubans, escouades vipérines au coulis d'irritants. Je me repasse mentalement la petite annonce. Rien ne bouge, rien ne se passe. Je poireaute. Sensation de ressembler à un sac à force de contempler. J'implore une bourrasque pour que s'agitent les oranges, qu'une ou deux gouttent le bitume. Nada.

Chat noir. Chat blanc. Angora. Persan. Un gouttière bicolore. Pas mal de félins dans le coin, comme si Samaël allait paraître pour me guider jusqu'à l'Ange Noir. Je crois que je deviens fou, du fada pur jus.
Allez je vais m'avaler un bon caoua. Je me tire pour un Kontir. La femme de ma vie aussi s'est tirée. Hier soir, ma messagerie électronique recelait de belles surprises. Trois, quatre virus, des spams à gogo et un mot de ma Cécile : "Tu préfères chercher un taré, un gros dégueulasse, une salope de nazi. C'était lui ou moi, tu as choisi. T'es vraiment un sale con !". Pièce jointe illustrative, quelques lettres lapidaires sur le miroir de notre existence ensevelie.

Photobucket

Le mois dernier, pour mes 36 ans, tu m'offrais "Douleur Exquise", l'ouvrage mythique de Sophie Calle. Classieux le cadeau. Un livre-avertissement pour me crier "Attention, là tu déconnes !". Une sacrée prémonition quand je dresse le parallèle entre cette histoire de rupture et la déchirure qui me laboure le coeur. Un coup de fil, chambre 261, 2 heures le 25 janvier 1985. L'Impérial ... même nom d'hôtel, l'exotisme de New Delhi en moins. La douceur de Nice pour écueil et la Baie des Anges pour linceul. Ne parlons plus d'anges, de séraphins, de chérubins ... eh toi le cleps, tu veux quoi ?! Une caresse, un coup de latte ?! Qu'est-ce qu'il a à me mater comme ça ?! Tu veux ma photo ! Casse toi, pauvre con ! Tiens, je verse dans le langage présidentiel. Bordel quelle misère !



Tu grognes, tu montres tes quenottes, t'es pas content. T'as les crocs ? Je te file un morceau de mon bagnat et tu décanilles. Marché conclu ? Gobé le quart du casse-dalle et toujours là. Oh ! tu vas lâcher le bas de mon fute ! Il va me flinguer le jean ! Quel abruti ce chien ! À moins ... Laisse moi voir si ... Oreille droite. Bingo ! AK 712-A-28. AK ... Alekseï Kuznetzov.

Je me lève et je te bouscule ... Et maintenant que vais-je faire ? Cloclo, Bécaud, mince, pas le moment, pitié. Eh d'accord tu aboies. Tu t'éloignes, tu te retournes, tu jappes. Tu me regardes. Après tout ... Je serais mieux à me dégourdir les quilles qu'à m'ensuquer, une troisième journée sur ce banc stupide, les fesses endolories.
Tu riais de mes bêtises, de mes mots doux : "Mes mains caressent le vide, mais déjà ton parfum dans l'ascenseur et ce soir je me coucherai dans ton odeur". Je suis meurtri, à quatre pattes. Je suis brisé, alors autant suivre l'étrange canidé. Je me fous du danger.
Friday, August 08, 2008 15:05

Thursday, August 07, 2008 09:23


http://fr.youtube.com/watch?v=---gnp1Twns

Sarah Moon ... indubitablement le photographe qui me procure les plus belles rêveries. L'expo d'Orléans était fabuleuse (Circuss + L'Effraie).

Monday, July 21, 2008 11:06


ATTENTION PHOTOGRAPHIES ET TEXTES PROTÉGÉES



LE SIGNAL

J'ouvre très lentement la porte de la chambre. J'ai l'air ridicule, nu comme un ver, avec ce vase dans la main. Couloir désert. Même pas de chariot poussé par une technicienne de surface à la pilosité suspecte. J'ignore les motifs de cette peur, qui me visse les tripes depuis les premières lueurs du jour. Potron-minet ... plutôt poltron-minable !

Je me penche, ramasse Nice-Matin. Gorgée de café noir. Résignation ou surexcitation. Pile ou farce. Mes doigts courent de lettres en lettres, enjambent les colonnes, accélèrent, accélèrent, accélèrent. Pages courrier du coeur, freinage d'urgence.

"Femme 45 ans (... ) Jeune femme, petite trentaine, un enfant (...) Étudiante en école de commerce désire cours particulier (...)". Je feuillette à nouveau. Je me hasarde vers la rubrique Objets perdus.

"Urgent. Perdu hier, près du Square aux Orangers, jeune chatte tricolore, noire, marron, crème, âgée d'un an, répondant au nom de Samaël. Forte récompense. Contacter Mme Anna Karénine".