C'est la journée mondiale contre le SIDA. Jour de manifestations diverses et variées. Voici une revue de presse sélectionnée qui parle des nouvelles contaminations chez les gays. Le problème reste entier...
Baisse du nombre de séropositifs en France, sauf parmi les homosexuels
LEMONDE.FR avec Reuters | 01.12.08 | 04h56 • Mis à jour le 01.12.08 à 8h48
L'épidémie de sida a semblé poursuivre en 2007 le ralentissement de sa progression débuté en France en 2004, selon une étude rendue publique lundi 1er décembre par l'Institut de veille sanitaire (InVS), à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida.
Sur les 5,03 millions de tests de dépistage réalisés au cours de l'année 2007, 10 600 ont révélé une contamination par le VIH et environ 6 500 personnes ont appris qu'elles étaient séropositives à cette occasion (contre 7 500 découvertes de séropositivité en 2004 et 7 000 en 2006), selon les données transmises par les quelque 4 300 laboratoires d'analyses français.Le nombre de diagnostics de sida a également diminué de 12 % en 2007, pour s'établir à environ 1 200. Mais '6 500 découvertes de séropositivité, c'est encore trop, beaucoup trop', relève Alain Legrand, directeur général délégué de l'association Aides, tandis que pour Bertrand Audoin, directeur général de l'association Sidaction, cette 'tendance positive reste à confirmer', car la baisse 'reste faible'.
Sans compter que 'la diminution du nombre de découvertes de séropositivité ne permet pas de dire qu'il y a une baisse du nombre de nouvelles contaminations', soulignent les auteurs de l'étude.
PROPORTION D'HOMOSEXUELS INFECTÉS EN HAUSSE
Pierre-Marie Girard, qui dirige le service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, rappelle qu''environ 30 000 personnes infectées par le VIH en France l'ignoreraient' encore.A l'inverse de la tendance générale, le risque de contamination demeure élevé chez les homosexuels masculins, lié au relâchement des attitudes de prévention. Si la majorité des personnes ayant appris qu'elles étaient séropositives en 2007 ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels (60 %), la proportion d'homosexuels parmi les nouveaux diagnostics de séropositivité a augmenté au cours des cinq dernières années, passant de 26 % en 2003 à 38 % en 2007.Le nombre d'homosexuels ayant découvert leur séropositivité s'est en revanche stabilisé pour la première fois en 2007, autour de 2 500 cas, après avoir augmenté depuis 2004, un chiffre jugé 'encourageant' par Alain Legrand.
L'amélioration globale observée résulte principalement de la baisse du nombre de découvertes de séropositivité enregistrée régulièrement depuis 2003 chez les personnes d'origine étrangère (environ 2 300 cas en 2007, soit 35 % des diagnostics de séropositivité, dont une majorité de personnes originaires d'Afrique subsaharienne). Une tendance difficile à expliquer. Les chercheurs avancent néanmoins quelques pistes : diminution des flux migratoires vers la France, éventuel ralentissement de la progression de l'épidémie dans les pays d'origine, ou encore impact des politiques actuelles en matière de lutte contre l'immigration sur le recours au dépistage et la prise en charge de ces populations.
A l'occasion de cette vingtième édition de la Journée mondiale de lutte contre le sida, les associations continuent de prôner un renforcement de la prévention et du dépistage, en particulier auprès des populations les plus vulnérables et les plus exposées. L'efficacité croissante des traitements et de la prise en charge ne doit pas 'banaliser cette infection', d'autant plus que la recherche sur le vaccin est revenue 'aux balbutiements de la quête de nouvelles pistes', prévient Pierre-Marie Girard. Et de souligner : 'L'épidémie continue' et 'il faut encore et toujours parler du sida'.
Le 6 octobre 2008, les Français Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi ont reçu le prix Nobel de médecine pour leur découverte du VIH en 1983.
Sida : vingt ans de mobilisation - Libération
Santé . L’épidémie se stabilise en France, mais progresse encore chez les gays.
C’était il y a vingt ans exactement. Pour secouer une planète indifférente, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) décidait de faire du 1er décembre la journée mondiale contre le sida. En 1988, il y avait autour de 5 millions de personnes touchées à travers le monde. Aujourd’hui, elles sont plus de 33 millions.
Disparités. Vingt ans… Depuis chaque année, l’OMS donne à ce jour un slogan. «Un monde uni contre le sida» en 1988. En 1989, «Nos vies, notre monde : prenons soin l’un de l’autre». Pour 2008, c’est un rien sibyllin : «Mener, responsabiliser, s’activer». Il n’empêche, le 1er décembre dope la mobilisation
(1). L’Institut de veille sanitaire(InVS) rend public ce matin les dernières données en France. Elles sont plutôt encourageantes. Il y a autour de 6 500 contaminations par an, un chiffre plutôt en baisse. Entre 130 000 et 140 000 personnes vivent avec le VIH dans l’Hexagone. Derrière ce chiffre se cachent des disparités grandissantes. L’épidémie en France reste inquiétante chez les gays. Pour un sous-groupe à risque estimé à 300 000 personnes, il y a 2 250 nouvelles contaminations. Chez les hétéros, le taux est 90 fois plus faible : autour de 6 à 8 nouvelles contaminations pour 100 000. Dans la population migrante, la situation se stabilise. Mais est-ce une si bonne nouvelle ? Cela est peut-être lié à la politique sécuritaire du gouvernement. Enfin, l’InVs a annoncé qu’elle allait lancer, en janvier, une enquête épidémiologique sur la situation du VIH en prison.Urgence. Changeons de lieu. La première dame de France, Carla Bruni-Sarkozy sera désormais «ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le sida» au Fonds mondial contre le sida. Sur ce volet,Médecins sans frontières vient de rappeler l’urgence : «2,1 millions d’enfants sont aujourd’hui infectés par le virus ; 90 % d’entre eux vivent en Afrique subsaharienne, seuls 10 % de ces enfants ont accès à des médicaments antirétroviraux».
(1) Pour tout savoir sur les manifestations organisées aujourd’hui
: journee-mondiale-sida
Yagg - Propos de Caroline Semaille, épidémiologiste recueillis par Christophe Martet
Cette situation chez les gays, c'est inquiétant pour vous?
Oui. On a estimé à 2500 le nombre d'homosexuels qui ont découvert leur séropositivité en 2007.
J'ai fait le calcul après avoir lu votre enquête: cela signifie que chaque jour, sept homosexuels découvrent leur séropositivité.
Oui, c'est énorme. Pour vous donner un autre chiffre, il y a eu, en 2007, 748 découvertes de séropositivité pour 100000 hommes gays contre 5 pour 100000 hommes hétérosexuels, soit 150 fois plus. Et l'âge de ceux qui se découvrent séropositifs n'augmente pas, ce qui signifie que l'épidémie reste très active chez les gays.
Chez les gays séropositifs, on constate aussi un nombre élevé d'Infections sexuellement transmissibles (IST)…
Ce que notre enquête sur les IST montre, c'est que la très grande majorité des homosexuels qui viennent dans les centres spécialisés pour le dépistage d'une IST connaissent déjà leur séropositivité. Ils se savent séropositifs mais ont des pratiques à risque. C'est cohérent avec d'autres enquêtes auprès des gays séropositifs qui déclarent moins se protéger.
Il n'y a pas eu d'enquête Presse gay sur les comportements et les attitudes des gays
vis-à-vis du VIH depuis 2004. Qu'est-ce qui est prévu en 2009?
Nous allons lancé l'année prochaine une très grande enquête, Prévagay, sur la prévalence du VIH parmi les gays. Pour l'instant, on sait que les homosexuels sont très touchés, mais nous nous basons sur une prévalence déclarée, dans les enquêtes Presse gay et Baromètre gay notamment. Il nous faut une enquête non plus seulement déclarative mais biologique, pour évaluer le nombre de séropositifs à un moment donné dans la population gay, que le diagnostic ait été porté anciennement ou récemment. Ce n'est pas simple à monter. Il s'agit d'effectuer un prélèvement sur le bout du doigt, mais il ne s'agit pas d'un test de dépistage, puisque ce que nous voulons c'est que les séropositifs aussi effectuent cette démarche. Nous montons cette enquête avec le Sneg et l'ANRS dans des établissements gays parisiens (bars, saunas).
Vous allez découvrir des séropositivités sans que ceux qui seront dépistés le sachent?
Encore une fois, il ne s'agit pas de dépistage. Cette enquête s'accompagnera d'informations et d'aide pour ceux qui veulent se faire dépister. Nous leur remettrons par exemple des cartes coupe-fil pour accéder facilement à des centres de dépistage.
Mais pour tous ceux qui ne vont pas dans les établissements?
Je sais que ce n'est pas facile, mais le problème, c'est qu'il est très compliqué en pratique de faire autrement. On commence par celle-là, ce sera un premier indicateur, qui nous permettra de comparer ces chiffres avec les enquêtes de déclaration.
Prévagay est prévue pour démarrer quand?
Mars ou avril. Et une nouvelle enquête Presse gay est prévue pour fin 2009, début 2010.
Lire la suite sur Yagg, excellent nouveau site d'actualité LGBT