INTERVIEW MORGAN MANIFACIER BY AL & CHARLIE
Rendez-vous fixé samedi à 17h au métro Censier dans le 5
ème.
Morgan Manifacier nous attendait à la terrasse d’un café. Une fois les
présentations faites, quelques essais avec notre cher et tendre
dictaphone, la commande passée et cigarettes allumées, nous avons pu
commencer l’interview.
Morgan Manifacier, pseudo ou vrai nom ?C’est mon vrai nom. Ma mère s’appelait Grande et mon père
Manifacier, et même si mes parents sont divorcés j’ai gardé ce nom là
et j’ai voulu garder ça comme nom de scène.
Pourquoi ? Enfin actuellement en général les artistes utilisent un nom de scène accrocheur..C’est vrai que c’est vachement long comme nom, enfin il y a beaucoup
de personnes qui m’ont demandé si c’était mon vrai nom ou pas. C’est
parce qu’en revenant des Etats Unis, où j’ai vraiment commencé à
exposer ma musique, ma mère m’a dit qu’il fallait toujours que je me
rappelle d’où je venais. Et je pense que le fait de garder mon nom
garde mes origines.
Est ce que tu peux nous dire 5 trucs capitaux à savoir sur toi pour mieux te connaître ?Alors, je dirais que je suis quelqu’un qui s’attache beaucoup aux
choses, mais qui a besoin de toujours partir pour les apprécier. Vous
voyez ce que je veux dire ?
Ouep, ça veut dire que t’as besoin de prendre du recul ?Ouais pour moi prendre du recul c’est très important dans tout ce que je fais.
Ensuite, je suis quelqu’un de plutôt nostalgique, par exemple dans
mes chansons la musique peut être gaie, comme dans « accompagne moi »
mais les textes ne sont jamais très positifs, donc l’équilibre fait que
je suis quelqu’un de positif dans ce que je fais en général par rapport
aux gens.
Humm… en 3e, faut pas avoir les cheveux longs pour écouter ma musique !
Comme je vous l’ai dit je vais repartir aux Etats Unis en septembre,
je suis beaucoup attaché aux Etats Unis dans le sens où quand je suis
parti de là bas pour revenir en France, j’avais un sentiment d’inachevé
par rapport à ce que je faisais. Pour moi c’est important d’y repartir
dans le but de finir ce que j’avais commencé.
Tout a commencé pour toi aux Etats Unis, pourquoi ?Ca s’est fait complètement au hasard en fait, je suis tombé sur une
pub sur Internet quand j’étais en terminale, je savais pas trop ce que
je voulais faire. J’avais un dossier pas terrible donc si je voulais
tenter une école de musique ou de cinéma c’était mort. Et en fait mon
grand père était un fou du Texas et il me parlait beaucoup des Etats
Unis, donc je me suis dit « pourquoi pas partir aux States ? ». Et puis
voilà j’ai eu la chance de tomber en Californie pendant 11 mois, et
c’est vrai que niveau musique y a pas mieux.
Il en manque un 5e !Ok, ben je pense que le meilleur moment pour écouter ce que je fais,
c’est pendant les voyages, en train, en avion, en voiture… Parce qu’en
général quand on voyage on est tout seul avec un casque, on profite
mieux de la musique que l’on écoute, et je pense que c’est un bon moyen
pour apprécier ce que je fais.
Quel est ton meilleur souvenir en matière de musique ?Alors mon meilleur souvenir en matière de musique je pense que c’est
le concert des Cold War Kids que j’ai vu à San Francisco, c’était
vraiment une grosse claque dans la gueule.
Ils avaient tout, ils avaient la scène, ils avaient les chansons,
enfin bref c’est vraiment un des meilleurs concerts auxquels je suis
allé. Ça m’a vraiment boosté dans le sens où je me suis dit qu’être sur
scène ça pouvait être vraiment génial.
Tu vas avoir 19 ans, sur ton myspace, qui date de fin 2008
t’as déjà plus de 40 000 écoutes, t’as déjà une tournée avec un autre
groupe, t’as déjà un CD, comment t’en es arrivé là ?Ben écoutez je sais pas, le mec avec qui j’ai enregistré le CD il
s’appelle TRAVIS [...] Il m’a beaucoup influencé dans ce que je
faisais. Je l’ai rencontré en début d’année et c’est un excellent
musicien, il fait du banjo, de la guitare, il a une base de piano,
enfin bref il est vraiment excellent dans tout ce qu’il fait, c’est un
vrai musicien, au sens pur du terme.
C’est devenu un très bon ami. En fait, lui il n’était jamais venu en
Europe, et je me suis dit quand je suis revenu que ce serait bien qu’on
fasse une tournée, même si on joue dans les bars ou dans la rue, pour
lui montrer dans quel univers je vis à Paris, dans le Sud, en Corse…
Et puis j’ai pris ça un peu au sérieux, je suis allé demandé aux
gens « écoutez et dîtes moi si ça vous plaît, on fera une date chez
vous ». Ca s’est enchaîné, j’ai même eu des demandes, par exemple en
Hollande ce sont des mecs qui nous ont contactés, à Londres aussi.
Paris je connais un petit peu, mais pas vraiment au niveau des
scènes underground. Pour la Scène Bastille je connaissais pas, j’avais
envoyé un mail et apparemment la femme avait bien aimé la musique, donc
elle m’a proposé de venir. Et c’est rigolo parce qu’on devait signer un
contrat et quand je suis arrivé elle m’a dit « mais t’as quel âge ? ».
C’est vrai qu’on a eu pas mal de chance, on a 29 sets pendant cette
tournée.
Et tu te sens comment par rapport à ça ?Je suis super content. Pour l’instant ça me stresse pas trop parce
que déjà je serai pas tout seul sur scène, on sera 3, dont mon pote
Travis, qui connaît les chansons puisqu’il les a déjà jouées.
Ce qui va se passer c’est qu’on va alterner, je ferai quelques 1ères
parties pour lui et lui quelques 1ères parties pour moi. Bon en France
je pense que ce sera lui qui fera la 1ère partie puisque plus de gens
connaissent ma musique que la sienne, vu que les gens ont plutôt
tendance à aller voir celui qu’il connaît plutôt que celui qu’il ne
connaît pas.
Donc on va prévoir une semaine de répétition début juin et ensuite
on partira ensemble. C’est vrai qu’on part à trois, donc y aura du
banjo, de la guitare…
Comment as-tu fait pour trouver 29 dates ? Et vous partez comment en tournée ?En Twingo ! Moi je passe mon permis en ce moment, je vais le passer
début mai je pense. On met une petite remorque pour les guitares et
voilà.
Sinon j’ai démarché moi même, j’ai du envoyer 200 messages, parce
que j’ai pas de manager ou de tourneur. Je me suis dit « je vais voir
au culot si ça marche » et ça a marché.
J’ai démarché par mail en général en disant « salut c’est Morgan
Manifacier, je pars en tournée avec un artiste américain, on aimerait
passer chez vous, est ce que ça vous intéresse ? »
Et tu peux nous parler de tes influences ?Ben mes influences ça a été beaucoup Travis Vick, [...] et beaucoup
la scène californienne. Quand j’étais en Californie tous les dimanches
on jouait dans un bar et il y avait plein de gens qui jouaient de la
guitare, et ça m’a beaucoup influencé.
J’ai été beaucoup influencé aussi même si ça s’entend pas trop par Beirut, ça s’entend peut être un peu dans
I lost my dog, qui est assez instrumentale.
J’ai pas essayé de faire du plagia de n’importe quoi, j’ai plutôt
essayé de faire ce que je faisais moi. Les gens disent souvent « ça
ressemble à un truc, mais à rien que j’aie déjà entendu », donc c’est
plutôt positif.
Comment t’en es arrivé à te tourner vers la musique ? C’est rigolo parce que la musique c’était pas du tout prédestiné,
j’ai pas vécu dans une famille de musiciens du tout. J’ai toujours
habité dans le sud de la France, où il n’y avait pas grand chose à
faire. Les jeunes jouaient au foot, traînaient dans la rue, moi ça me
faisait chier, donc j’ai commencé à prendre des cours de piano chez une
vieille dame de mon village. Un jour j’avais faim et j’ai demandé si
elle avait des céréales, et à partir de ce moment là on n’a fait que
parler en mangeant des céréales, ce qui fait que ça servait plus à
rien. Donc j’ai pris une guitare à Paris et voilà j’ai appris tout seul
la guitare.
C’est rigolo parce que j’écoutais pas du tout ce genre de musique
quand j’étais jeune, je me souviens mon 1er CD que j’ai acheté c’était
un album de MC Solar, c’est assez paradoxal.
La musique c’est ce qui me touchait le plus au quotidien.
Donc maintenant t’as envie de vivre de la musique ?C’est vraiment devenu une vraie passion dans le sens où je ne me
verrais pas travailler dans un bureau, ou dehors, ou faire autre chose.
J’ai besoin de partir et de voir autre chose. La vie de bohème entre
guillemets, mais avec une certaine sécurité.
Pourquoi chanter en français et en anglais ?Parce que quand j’étais aux Etats Unis, là où j’ai tout composé et
écrit, l’anglais c’était un moyen d’expression, puis j’arrivais plus à
m’exprimer en anglais qu’en français. « Accompagne moi » c’était un peu
différent parce que c’était une référence à ma vie en France, donc j’ai
voulu la chanter en français. D’un point de vue musical, je trouve que
l’anglais sonne mieux que le français, et puis chanter en français
demande d’avoir vraiment de très bons textes.
Alors qu’est ce que ça fait d’avoir une aussi bonne critique dans les Inrocks ? Comment ça s’est fait ? « Nick Drake possédait sa Pink Moon,
le jeune Français hante, avec grâce et aplomb, sa Red Moon : un folk
cool et raffiné, élevé dans le Sud de la France, mais mûri au soleil
californien. » En fait je m’étais inscrit sur le site cqfd, et un jour je me
connecte sur le site et sur la page d’accueil je vois cette phrase, ça
m’a surpris parce qu’ils ne m’ont pas prévenu.
Après je vais sur ma page une ou deux semaines plus tard et je vois
un mec qui laisse un commentaire me citant la phrase et me disant « les
Inrocks se sont pas plantés ».
J’ai trouvé ça hallucinant d’être dans les Inrocks alors que j’avais rien fait, donc j’ai acheté le magazine.
Tu trouves qu’Internet est un bon moyen de communication ?Merci Internet, je pense que c’est un bon moyen de promotion mais il
y a énormément de groupes présents, donc c’est un bon moyen mais il
faut réussir à se démarquer. En tous cas Myspace est un excellent
support pour écouter gratuitement et je pense que c’est important.
C’est aussi un bon moyen pour avoir des retours sur ce que tu fais.
Cela dit j’aime pas trop le concept d’envoyer une invitation sur
Myspace en disant « bah écoutez ma musique et dîtes-moi ce que vous en
pensez », mais je suis un peu obligé de le faire. J’aimerais mieux que
les gens aillent de leur plein gré parce qu’ils m’ont entendu en
concert. J’aime bien cette ambiance de « plan foireux » où tu passes
devant un petit pub avec un concert, tu te poses, t’écoutes, puis
t’achètes le CD, c’est ce que je faisais aux Etats Unis. Parfois t’as
rien à faire, alors avec mes potes on allait en ville, assister aux
concerts, pas à l’arrache mais presque.
Tu débarques en Californie d’ici peu, les gens te connaissent là bas ?J’ai beaucoup de retour sur le CD, parce que beaucoup de gens l’ont
acheté en Californie. J’avais fait 100 exemplaires du CD que j’avais
vendus le soir de mon dernier concert en Californie le 1er juin, je
repartais en France le lendemain. J’ai fait un concert d’une heure et
j’ai venu les 100 exemplaires.
C’était un petit bar de 150 personnes maximum mais 300 personnes se
sont pointées, dont des gens que je ne connaissais même pas, ça m’a
fait halluciner, c’était le plus gros concert que j’ai fait.
Le CD je le vendais $5, ça fait environ 3€, c’était un beau CD avec
une pochette, ça faisait très pro. On avait pris deux semaines et on a
tout enregistré.
T’as un peu toutes les casquettes en fait, tu t’occupes de tout !Je pense que je ne suis pas encore prêt à laisser les gens s’en
occuper pour moi, j’aime bien faire les choses biens. Quand je fais
quelque chose, j’essaie de le faire le mieux possible. Par exemple là
il faut que je fasse des T-shirts pour la tournée, si on veut avoir des
sous, parce qu’on n’est pas énormément payé quand on joue.
Par exemple, c’est très compliqué de se faire payer en Angleterre,
en général on se fait payer en bière. A Manchester on se fait payer
300€ chacun.
Là où on gagnera le plus, ce sera à la Scène Bastille. Si la salle est complète on gagnera 2 400€, c’est le 3 juillet.
Mais c’est sûr qu’on va beaucoup rouler donc on paiera beaucoup d’essence, et en France faudra payer les autoroutes, etc..
Et comment ça s’agence cette tournée niveau déplacements ?On a encore des dates qui vont se débloquer, mais on refusera peut
être parce qu’on en a déjà pas mal. Par exemple en Allemagne on aurait
du rester une semaine à la base, parce qu’on voulait jouer dans le sud
à Munich, mais on ne pourra pas. Ce qu’on va faire c’est qu’on va
passer par la Hollande, après on ira en Allemagne à Berlin et puis on
reprendra le bateau après en Hollande pour aller à Londres. Ca fait une
belle trotte.
On joue aussi à des dates collées, par exemple en Allemagne on va
jouer trois jours de suite. On a quand même 4 ou 5 dates à Londres,
dans deux pubs, une salle qui s’appelle Le Troubadour.
Pour terminer, une anecdote sur ce que tu veux ?Je crois que j’en ai une. Je me rappelle que lorsque j’étais aux
Etats Unis, un dimanche soir, il y a une espèce de type énorme, très,
très gros, qui est venu me voir et qui m’a serré dans ses bras. J’avais
pas compris sur le coup, je ne le connaissais ni d’Eve ni d’Adam, et il
m’a dit « Morgan ça va ? » en me serrant dans ses bras. Après c’était à
mon tour de jouer donc je joue une chanson, et à la fin je demande à
mon pote Travis « mais qui c’est ce mec ? » et il me répond que c’est
un présentateur de radio. Et le type est revenu me voir à la fin du
concert et m’a dit « si ça te branche, viens avec Travis on fait une
émission de radio tous les dimanche soirs et tu joueras et on fera une
interview ».
Il était vraiment très cool, sur le coup ça m’a bien fait rire.
L’émission s’appelait « 15 minutes de célébrité » et passait sur une
radio californienne le soir vers 11h.