Commençons par la Musique.
Les meilleurs morceaux du dernier Dominique A ne sont pas sur 'la
musique' mais sur un second album qui l'accompagne: 'la matière'. On y
trouve le meilleurs titre pondu par Dominique en 5 ans: 'Dans l'air'.
Moins de 2 minutes, bouleversant.
( Décidément, sur ce blog, on ne quitte pas la thématique aérienne: 'on
the air':dm stith/microphones et 'comme un avion sans elle' dans la
section 'article')
Pourquoi dissocier "la matière" de "la musique"? Aucune idée.
Tiré du site de Dominique:" L'album est disponible à sa sortie en
version classique et en version livre + disque. La Musique est alors
complètée par La Matière, un cd 12 titres)
Bref sans grandes surfaces bien achalandées: il vous faudra la télécharger; 'la matière'.
Comme quoi le MP3 n'a pas un mauvais fond. Juste plus de pochette. Si
ça vous rassure: les journalistes sont logés à la même enseigne. Plus
de cd, un ip.
Je ne comptais pas chroniquer le nouveau Dominique A ("La Musique",
album simple). Parce que j'aime les premières musiques de Dominique A.
Et j'apprécie toujours le personnage.
Mais la love-story fut brutale .Je me souviens où j'étais et qui j'ai
appelé quand j'ai reçu "La Fossette" dans la gueule.(1991) Hors, je
n'ai aucune mémoire. "La Fossette",meilleurs disque de chanson
française du siècle dernier. L'effet du premier Velvet transposé à la
pop française de l'époque obligée de faire "mémoire neuve"
18 ans plus tard (...), je ne comptais pas chroniquer le nouveau Dominique A, donc.
Mais sur "la matière" (le CD2), il y a ce drôle de titre 'la vérité'.
Arrangement dur pour des mots durs. Pire: moralistes. Je ne vais pas me
livrer à du 'hors-contexte' en retranscrivant les paroles d'un morceau
que vous n'entendrez peut-être jamais.
En bref, de mon point de vue, Dominique semble s'adresser à un enfant
caché derrière ses jeux. Un gosse qui refuserait de voir son époque. Et
si c'était l'inverse? On le verra plus bas avec la (non) affaire
'Orelsan'
Retour au A des origines. IL y aura un avant-"fossette" et un après.
Dominique me disait dans un bistrot namurois: "Je déteste Brel, son
impudeur". Pourtant, le point commun était là: deux artistes avec des
albums qui vous accompagnent toute une vie. Deux artistes radicalement
differents.
L'indispensable compilation 'le détour' (2002) a terminé une époque.
En 2009, la musique de Dominique A se prend souvent le fossé. La
matière de ses trois derniers disques transpire Brel de partout. Sauf
que la musique de Brel fout les poils, appelle la larme avant même
d'atteindre le cerveau. La musique du Dominique 'A...nnées 2000" est
sèche, apre...et loupe sa cible.
Depuis 'Auguri', plus d'émotion aucune.
En mode mineur(e), Dominique écrit la même chanson et on s'enmerde
avec ses histoires de camion et d'horizon. Même en concert, même avec
les musiciens de Bashung ... Au Cirque Royal, il faudra attendre un
arrangement rentre-dedans de 'va t'en..." ( La fossette) pour bouger.
Au rappel.
A chaque nouvel album de Dominique, la presse nous fait le coup de la
rupture "tranquilou" et les journalistes semblent renier l'album
précédent.
Le parolier novateur des nineties a toujours été un homme triste.
C'était beau, il écrivait l'implicite ( 'la peau', un chef d'oeuvre
sur...l'adultère? Peut-être, peut-être pas) en claquant des
titres-gimicks qui resteront (' comment certains vivent', 'le courage
des oiseaux','il ne faut pas souhaiter la mort des gens','le gros
Boris', etc).
Aujourd'hui, sa tristesse mature joue la nostalgie pour la nostalgie. Teintée réac et douteuse.
Il collabore avec Saule (passe encore) et...Calogero. Calogero, merde! Au secours, reviens Katerine!
Effet post-néo-minimaliste?, Dominique appelle son album 'La musique'.
Il chante comme il parle. Mais,il rejoint les censeurs quand le rappeur
Orelsan fait pareil. Orelsan, déprogrammé des Nuits Botanique suite à
un titre jugé scandaleux. ( voir en dessous ce que déclare très
justement Virgine Despentes aux Inrocks).
Un peu à la masse, j'ai découvert la polémique 'Orelsan' sur antenne
via l'excellent chroniqueur doom/émocore Hugues de Castillo. Choqué lui
aussi par le titre d'Orelsan (...)'Sale pute' .
Qui ne se trouve pas sur l'album que j'avais calé, ce titre ayant été repeché par une bande de ménagères sur Youtube.
L' album d'Orelsan, c'est quoi? Des titres rageurs qui parlent à des jeunes rappeurs ou rockeurs
( certains arrangements évoquent Svinkel ou la Caution) le tout dans un
esprit "punk" pas plus choquant et moins cons que Didier
Super/Wampas,Binamés and co).
Planté dans le quartier-nord bruxellois que l'on connait, le Botanique
a préféré déprogrammer Orelsan. Le Bota et sa terrasse où se
rencontrent bubos ( bruxellois bohèmes...sortant des concerts) et
jeunes glandeurs fauchés du quartier qui ne carburent pas tous au r'n'b
bling-bling... Mais c''est l'objet d'un autre post, le Bota développant
pas mal d'actions sociales et d'intégrations.
Le lien entre A et Orelsan?
Dominique se fait petit prof de la génération qui surgit d'autres
horizons, d'autres situations sociales que la sienne. Il connait un peu
le monde du nouveau rap comme le prouve le très beau titre réalisé avec
Psykick Lyrikah ( "Vu d'ici", 2007) dans un style moins trippal que le
bad boy Orelsan...mais il déclare qu'Orelsan écrit avec les pieds. Dés
lors cet inculte mérite son sort. A savoir: la censure. A ce titre, on
devrait aussi censurer Lalane.
Reste le fond de ce hip-hop outrancier: là,Dominique A confond 'Matière' et 'Musique', rien de moins.
JCH_Soup
Virginie Despentes sur Orelsan et la censure ( Inrocks de cette semaine):
« Je trouve sa chanson [Sale Pute] très bien, efficace, drôle et bien
foutue. Dans d’autres communautés, on parlerait, je crois, d’un texte
traitant avec une certaine efficacité le "désarroi amoureux": je
t’aime, tu ne m’aimes pas, je suis désespéré, je vais te niquer ta
race. Sur le sujet, on doit pouvoir trouver quelques lignes autrement
plus violentes chez Racine ou Shakespeare. Je veux dire: ça serait pas
genre un thème classique de la littérature, la déception amoureuse?"
/.../
"J''ai lu dans Les Inrocks que Dominique A se sentait obligé de nous
dire ce qu’il pense de la qualité du texte, et que ça "ne faisait pas
de mal" à Orelsan, de se faire remonter les bretelles. Et j’ai trouvé
cet édito autrement plus violent que le texte d’Orelsan, parce que je
doute qu’il ait été écrit au deuxième degré"