On n'en revient pas: un premier article de presse, paru dans "Le Grand Journal"
Vol de Nuit laisse planer un air de chanson française sur le DF !
Publié le 23/10/2009 par Nicolas Quirion
Qui
se serait douté qu’un groupe de chanson française à texte puisse naître
dans la ville de Mexico? Les deux membres de Vol de Nuit, Volker
Rivinius (guitare/piano) et Alexandra Beugnet (chant), nous parlent de
leur passion pour la musique et de ce projet un peu fou. Interview.
Le Grand Journal: Alexandra et Volker, qui êtes-vous et d’où venez-vous?
Alexandra:
Je suis parisienne, ça fait trois ans que j’habite au Mexique. J’ai
choisi de venir ici un peu au pif, pour changer d’air. Je suis
professeur de français… et maintenant chanteuse aussi ! Je ne fais pas
de la musique depuis très longtemps, ça doit faire un an plus ou moins
que je prends des cours de chant. Volker a beaucoup plus d’expérience
et de technique musicale que moi. Moi je n’ai pas tout ce vocabulaire
musical et mon processus créatif va être plutôt basé sur l’émotion.
Volker :
Je suis originaire de la région parisienne, avec des ascendances
allemandes comme l’indique mon nom. Je suis arrivé au Mexique il y a
plus de 8 ans pour rejoindre ma copine. Je bosse comme professeur à l’
Institut Français d’Amérique Latine (IFAL),
où nous sommes collègues. J’ai enseigné la littérature, la philo. Je
fais de la musique depuis super longtemps, avec d’autres groupes que
j’ai eu au Mexique notamment .
LGJ: Comment est né Vol de Nuit ?
Alexandra:
Il y avait un groupe de musique à l’IFAL, avec 6 ou 7 musiciens. Mais
ça a capoté au bout de quelques mois. Cependant j’aimais beaucoup la
manière dont Volker jouait du piano.
Volker :
On s’est dit “et si on faisait un duo ?”. On a commencé par une reprise
et on a tout de suite senti que ça marchait très bien. C’était la
chanson “Boby chéri” de
Emilie Loizeau, une petite balade parisienne… On a très vite compris que ça allait aller plus loin que ça et on a commencé à composer. Là on a eu une sorte de coup de bol si
on peu dire: l’épidémie de grippe A a éclaté et l’IFAL a été fermé
pendant 2 semaines… Ça nous a permis de répéter tous les jours pendant
des heures ! C’est là que c’est vraiment parti, on a découvert qu’on
avait vraiment un potentiel, qu’on voulait faire de la scène. On a
développé notre style pour trouver une touche personnelle.
LGJ: D’où vient le nom du groupe?
Volker : On a beaucoup cherché en fait… Moi, j’avais proposé “Alex et le mec derrière” ou encore “aucune idée“.
Finalement on a opté pour Vol de Nuit en référence au roman de
Saint-Exupéry. Le mot vol est ambigu : on peut voler dans les airs,
mais aussi voler quelque chose. Ça colle bien car les paroles de nos
chansons ont une tonalité un peu nocturne, urbaine… On aime explorer
les bizarreries amoureuses ou bien de caractère. On habite dans une
mégalopole, et cet environnement urbain, sa violence, nous influencent
et nous inspirent énormément.
“Il y a très peu de chance pour qu’on joue la Vie en Rose”
LGJ: Quelles sont vos influences?
Volker :
C’est difficile à dire… On a des influences très différentes que nous
confrontons. Alex est assez jazz, et moi je viens plus du rock
anglo-saxon. De par mon côté germanique j’apprécie beaucoup
l’atmosphère expressionniste que l’on trouvait dans les cabarets des
années 20. Et puis bien sûr la chanson française ! Un peu de tout
depuis
Aristide Bruant jusqu’aux chanteurs actuels comme Bénabar.
Alexandra :
Je suis une fan des chanteuses de jazz comme Ella Fitzgerald. J’essaye
de m’en inspirer. Pour les paroles je dirais qu’il y a aussi une
influence des chanteuses françaises actuelles, Emilie Loizeau ou
Amélie-les-crayons. Mais on a quand même notre “
toque” personnel, ce côté un peu noir… A ce titre je dirais qu’une chanteuse comme
Juliette m’inspire un peu plus.
LGJ: Ces groupes français sont connus ici au Mexique ?
Alexandra : Non, pas du tout.
Volker :
On a souvent des appels du public qui nous demande des classiques comme
la Vie en Rose. Il y a très peu de chances pour qu’on la joue un jour.
On préfère la scène indépendante française ou le rock.
LGJ: Votre musique n’a donc rien de mexicaine ?
Volker:
Non, pour des étrangers c’est difficile de faire de la cumbia ou de la salsa ! N’importe quel Mexicain peut faire ça mieux que nous. On a donc
décidé de faire une musique typiquement européenne. Quelque part le
“Malinchismo” joue en notre faveur: les gens vont voir des Français - ce
qui a peut-être encore un certain prestige. Du moins on sent un intérêt
réel de la part du public. On fait des chansons en français et
donc au Mexique il y a très peu de chances pour que le public apprécie
pleinement nos textes. Pour faire passer le texte il faut qu’on fasse
preuve d’une plus grande théâtralité dans la musique et
l’interprétation. Il faut qu’on en fasse un petit peu plus pour se
faire comprendre d’un public mexicain qui est habitué à une musique
plus passionnée, plus axée sur les sentiments que la française.
LGJ: Comment définiriez-vous votre public ?
Alexandra : On a donné pendant plusieurs mois des concerts au “Cafe de Noche”
de la colonia Moctezuma, qui est dans une zone très populaire. On s’est
rendu compte que ce n’était pas du tout le public adapté à notre
musique, qui est sans doute un peu trop “décalée” par rapport aux
tendances mexicaines.
Notre public va plutôt être un peu
intellectuel. Des gens qui apprécient le côté jazz et la technique
qu’on a. Les endroits qui se prêtent plus à ça sont les petits bars,
théâtres ou scènes de cabaret.
Rester libres
LGJ: Vous vous produisez souvent en concert?
Alexandra:
En ce moment on a une petite période d’accalmie en ce qui concerne les
concerts, mais ça va reprendre bientôt. On s’est fait une démo qu’on
distribue pour que les gens nous écoutent et décident de nous
programmer. On a fait 5 chansons, enregistrées chez nous par un ami qui
travaille dans le son. Il y a une bonne acoustique chez moi donc ça a
bien fonctionné. Vous pouvez trouver les chansons les plus réussies sur
notre Myspace!
LGJ: Cherchez-vous à vous appuyer sur les institutions françaises au Mexique, comme l’ambassade ou les Alliances ?
Volker :
On a joué une fois à la Casa de Francia pour accompagner une lecture
bilingue. Mais sinon non, pas vraiment… On ne veut pas être le groupe
français de service, ça nous mettrait des menottes. On préfère rester
libres et faire ça en parallèle, de manière indépendante. Si ces
institutions veulent nous aider, on n’est pas contre, mais ce n’est pas
ce qu’on recherche en particulier. On préfère s’intégrer à la scène
musicale mexicaine.
LGJ: Comment voyez vous l’avenir du groupe?
Volker :
On va enregistrer une deuxième démo en décembre. Avec ça on aimerait
trouver plus de concerts, ou pouvoir passer à la radio. On a de
l’ambition, même si on sait qu’il est très dur de pouvoir vraiment
vivre de la musique! On n’exclut pas d’inviter d’autres musiciens. Le
concept duo s’épuise au bout d’un moment.
LGJ: Il y a d’autres groupes français à Mexico?
Volker : Il y a le groupe
Palissandre qui
est franco-mexicain. Mais à part ça je ne pense pas qu’il y en ait
d’autres, en tout cas on ne les a jamais rencontrés. On pourrait
presque dire qu’on a le monopole de la chanson française à México
(rire) !
Alexandra : Le côté français ça joue en notre faveur, c’est sûr, on est exotiques !