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Vol de Nuit



Last Updated: 11/18/2009

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October 25, 2009 - Sunday 

On n'en revient pas: un premier article de presse, paru dans "Le Grand Journal"

Vol de Nuit laisse planer un air de chanson française sur le DF !

Publié le 23/10/2009 par Nicolas Quirion

Qui se serait douté qu’un groupe de chanson française à texte puisse naître dans la ville de Mexico? Les deux membres de Vol de Nuit, Volker Rivinius (guitare/piano) et Alexandra Beugnet (chant), nous parlent de leur passion pour la musique et de ce projet un peu fou. Interview.

Le Grand Journal: Alexandra et Volker, qui êtes-vous et d’où venez-vous?

Alexandra: Je suis parisienne, ça fait trois ans que j’habite au Mexique. J’ai choisi de venir ici un peu au pif, pour changer d’air. Je suis professeur de français… et maintenant chanteuse aussi !  Je ne fais pas de la musique depuis très longtemps, ça doit faire  un an plus ou moins que je prends des cours de chant. Volker a beaucoup plus d’expérience et de technique musicale que moi. Moi je n’ai pas tout ce vocabulaire musical et mon processus créatif va être plutôt basé sur l’émotion.

Volker : Je suis originaire de la région parisienne, avec des ascendances allemandes comme l’indique mon nom. Je suis arrivé au Mexique il y a plus de 8 ans pour rejoindre ma copine.  Je bosse comme professeur à l’Institut Français d’Amérique Latine (IFAL), où nous sommes collègues. J’ai enseigné la littérature, la philo. Je fais de la musique depuis super longtemps, avec d’autres groupes que j’ai eu au Mexique notamment .

LGJ: Comment est né Vol de Nuit ?

Alexandra: Il y avait un groupe de musique à l’IFAL,  avec 6 ou 7 musiciens. Mais ça a capoté au bout de quelques mois. Cependant j’aimais beaucoup la manière dont Volker jouait du piano.

Volker : On s’est dit “et si on faisait un duo ?”. On a commencé par une reprise et on a tout de suite senti que ça marchait très bien. C’était la chanson “Boby chéri” de Emilie Loizeau, une petite balade parisienne… On a très vite compris que ça allait aller plus loin que ça et on a commencé à composer. Là on a eu une sorte de coup de bol si on peu dire: l’épidémie de grippe A a éclaté et l’IFAL a été fermé pendant 2 semaines… Ça nous a permis de répéter tous les jours pendant des heures ! C’est  là que c’est vraiment parti, on a découvert qu’on avait vraiment un potentiel, qu’on voulait faire de la scène. On a développé notre style pour trouver une touche personnelle.

LGJ: D’où vient le nom du groupe?

Volker : On a beaucoup cherché en fait… Moi, j’avais proposé “Alex et le mec derrière” ou encore “aucune idée“. Finalement on a opté pour Vol de Nuit en référence au roman de Saint-Exupéry. Le mot vol est ambigu : on peut voler dans les airs, mais aussi voler quelque chose. Ça colle bien car les paroles de nos chansons ont une tonalité un peu nocturne, urbaine… On aime explorer les bizarreries amoureuses ou bien de caractère. On habite dans une mégalopole, et cet environnement urbain, sa violence,  nous influencent et nous inspirent énormément.

“Il y a très peu de chance pour qu’on joue la Vie en Rose”

LGJ: Quelles sont vos influences?

Volker : C’est difficile à dire… On a des influences très différentes que nous confrontons. Alex est assez jazz, et moi je viens plus du rock anglo-saxon. De par mon côté germanique j’apprécie beaucoup l’atmosphère expressionniste que l’on trouvait dans les cabarets des années 20. Et puis bien sûr la chanson française ! Un peu de tout depuis Aristide Bruant jusqu’aux chanteurs actuels comme Bénabar.

Alexandra : Je suis une fan des chanteuses de jazz comme Ella Fitzgerald. J’essaye de m’en inspirer. Pour les paroles je dirais qu’il y a aussi une influence des chanteuses françaises actuelles, Emilie Loizeau ou Amélie-les-crayons. Mais on a quand même notre  “toque” personnel, ce côté un peu noir… A ce titre je dirais qu’une chanteuse comme Juliette m’inspire un peu plus.

LGJ: Ces groupes français sont connus ici au Mexique ?

Alexandra : Non, pas du tout.

Volker : On a souvent des appels du public qui nous demande des classiques comme la Vie en Rose. Il y a très peu de chances pour qu’on la joue un jour. On préfère la scène indépendante française ou le rock.

LGJ: Votre musique n’a donc rien de mexicaine ?

Volker: Non, pour des étrangers c’est difficile de faire de la cumbia ou de la salsa ! N’importe quel Mexicain peut faire ça mieux que nous. On a donc décidé de faire une musique typiquement européenne. Quelque part le “Malinchismo” joue en notre faveur: les gens vont voir des Français - ce qui a peut-être encore un certain prestige. Du moins on sent un intérêt réel de la part du public. On fait des chansons en français et  donc au Mexique il y a très peu de chances pour que le public apprécie pleinement nos textes. Pour faire passer le texte il faut qu’on fasse preuve d’une plus grande théâtralité dans la musique et l’interprétation. Il faut qu’on en fasse un petit peu plus pour se faire comprendre d’un public mexicain qui est habitué à une musique plus passionnée, plus axée sur les sentiments que la française.

LGJ: Comment définiriez-vous votre public ?

Alexandra :  On a donné pendant plusieurs mois des concerts au “Cafe de Noche” de la colonia Moctezuma, qui est dans une zone très populaire. On s’est rendu compte que ce n’était pas du tout le public adapté à notre musique, qui est sans doute un peu trop “décalée” par rapport  aux tendances mexicaines.
Notre public va plutôt être un peu intellectuel. Des gens qui apprécient le côté jazz et la technique qu’on a. Les endroits qui se prêtent plus à ça sont les petits bars, théâtres ou scènes de cabaret.

Rester libres

LGJ: Vous vous produisez souvent en concert?

Alexandra: En ce moment on a une petite période d’accalmie en ce qui concerne les concerts, mais ça va reprendre bientôt. On s’est fait une démo qu’on distribue pour que les gens nous écoutent et décident de nous programmer. On a fait 5 chansons, enregistrées chez nous par un ami qui travaille dans le son. Il y a une bonne acoustique chez moi donc ça a bien fonctionné. Vous pouvez trouver les chansons les plus réussies sur notre Myspace!

LGJ: Cherchez-vous à vous appuyer sur les institutions françaises au Mexique, comme l’ambassade ou les Alliances ?

Volker : On a joué une fois à la Casa de Francia pour accompagner une lecture bilingue. Mais sinon non, pas vraiment… On ne veut pas être le groupe français de service, ça nous mettrait des menottes. On préfère rester libres et faire ça en parallèle, de manière indépendante. Si ces institutions veulent nous aider, on n’est pas contre, mais ce n’est pas ce qu’on recherche en particulier. On préfère s’intégrer à la scène musicale mexicaine.

LGJ: Comment voyez vous l’avenir du groupe?

Volker : On va enregistrer une deuxième démo en décembre. Avec ça on aimerait trouver plus de concerts, ou pouvoir passer à la radio. On a de l’ambition, même si on sait qu’il est très dur de pouvoir vraiment vivre de la musique! On n’exclut pas d’inviter d’autres musiciens. Le concept duo s’épuise au bout d’un moment.

LGJ: Il y a d’autres groupes français à Mexico?

Volker : Il y a le groupe Palissandre qui est franco-mexicain. Mais à part ça je ne pense pas qu’il y en ait d’autres, en tout cas on ne les a jamais rencontrés. On pourrait presque  dire qu’on a le monopole de la chanson française à México (rire) !

Alexandra : Le côté français ça joue en notre faveur, c’est sûr, on est exotiques !
September 26, 2009 - Saturday 
(Résumé de la 1e partie: On fait nos gammes dans un café cool où personne ne va).

Pour le troisième concert, on était donc prévenus: bien s'occuper du son, se concentrer sur les chansons. Du coup, ça marche beaucoup mieux. En revanche, ce qui nous inquiète, c'est que dans ce café, un mardi soir, il n'y a jamais grand monde. Deux, trois badauds qui s'égarent, sirotent leur capuchino (les proprios n'ont pas de licence pour vendre quoi que ce soit d'alcoolique), puis s'en vont, point à la ligne. C'est d'autant plus embêtant que nos "gages" se calculent sur les consommations. Les trois premiers concerts, on a rien eu. Le soir du quatrième, le gérant nous tend une enveloppe. Grand sourire. "C'est plutôt symbolique", nous explique-t-il. Tu parles d'un symbole: cinq pesos pour chacun, autrement dit 0,25 Euro... Nous n'avons jamais eu la naïveté de croire que ces concerts allaient nous faire entrer au palmarès de Forbes, mais quand-même, cinq pesos...





Les gars du café font néanmoins correctement leur boulot pour nous promouvoir: nous sommes interviewés pour leur web-radio, pris en photos, filmés, et on a droit à une page sur leur site. Vers la mi-juin, ils nous proposent de jouer un vendredi, pour leur soirée pozole (soupe traditionelle mexicaine). Ce soir-là, le café est bondé; on arrive, on joue - et on se rend compte d'une chose: ce n'est pas ici que nous trouverons notre public. Pour une soirée comme celle-ci, il aurait fallu des boléros, des cumbias, de salsa, des mérengués, des Cielito Lindo, des Cucaracha, des Llorona à n'en plus finir. Et certainement pas de la chanson jazzy française ni de bizarrerie lyrique. Comme on a un autre concert le même soir, on file rapidement et on laisse au gérant le soin de calculer notre pourcentage pour la prochaine fois. Sauf que la semaine d'après, le même gérant nous apprend qu'il n'a pas le moindre pesito à nous donner. Foutage de gueule évident. On fait un dernier concert qui prend des allures d'auto-parodie et on tire notre révérence définitive.

Bilan? Une première expérience scénique. Et ça, ça vaut de l'or.


Volker

July 29, 2009 - Wednesday 
................

Le Café de Noche, on y a atterri par l'intermédiaire d'un ami commun. Pas vraiment le quartier chicos, me suis-je dit, mais on m'a bien précisé qu'il s'agissait de la Colonia Moctezuma 2a sección et pas de la tercera, où l'espérance de vie chute de quelques points. Du coup, on pourrait dire en guise de street credibility qu'on a fait nos gammes dans des quartiers chauds, au péril de nos vies, avec l'habituelle affichette "Ne tirez pas sur le pianiste (ni sur la chanteuse)" bien en vue.

Quand on y arrive, on s'aperçoit rapidement que ça n'a pas l'air si dangereux que ça: une rue calme, traffic moyen, gens qui rentrent du boulot. Le café est géré par des types qui ont eu l'idée de propager la culture dans un quartier popu. Je sais, faut être sacrément idéaliste. Les week ends, il y a des concerts; en semaine, des projections de films, des ateliers, des cours de musique - et même des concerts occasionels, comme justement le nôtre. Pour nous, ce sera une première: ce soir-là, on jouera pour la première fois dans un lieu public. On a forcément le trac, mais on est bien préparés, bien concentrés, bien décidés à commencer notre carrière mondiale dans cet endroit-là, foi de mézigue. Le concert se passe bien, on nous congratule, on nous propose de venir jouer dorénavant tous les mardis. Nous sentons la gloire à portée de main et nous repartons tout contents à la maison.




Evidemment, à force de nous taper sur l'épaule, on s'y voyait déjà, comme disait Aznavour. Le mardi d'après, revenant sur le lieu du crime, j'ai l'impression que ce second concert au café, c'est de la routine pour ces musicos aguerris que nous sommes. Grave erreur. J'ai négligé la balance, du coup j'entends très mal la guitare par rapport à la voix, j'essaie de corriger le tir en plein concert, ce qui fait que je ne peux plus me concentrer sur ce que je joue et je me plante sur les morceaux. "C'était mieux la dernière fois", me dit un des gérants. "Ah? tu trouves?" (Grrrrr!)


(à suivre)


Volker

July 14, 2009 - Tuesday 
Quelle folie, à bien y penser, de faire de chanson française à México!... Si on excepte le côté "chic", le côté (de moins en moins) prestigieux du français, que pouvons-nous offrir à un public essentiellement hispanophone qui dans sa grande majorité ne comprendra rien de ce que nous chantons? - Surtout que nous n'oeuvrons pas précisément dans le français de survivance, le genre "comment tu t'appelles" ou "je voudrais une baguette et deux tranches de jambon"...

Nope. Il y aurait, je vous vois venir, l'alternative de jouer les grands classiques de la chanson, comme on nous les demande parfois pendant les concerts, "La Vie en rose", l'increvable "Aline" de Christophe (toujours aussi populaire au Mexique), voir du Alizée, du Carla Bruni... Hum... Le problème, c'est qu'on reviendrait rapidement les Français de service, toujours prêts à égayer les petites fêtes de nantis avec un florilège qui irait rarement au delà de Mireille Matthieu. Le cauchemar absolu, quoi. Gracias, pero no.

Autre idée, faire traduire nos textes et les projeter façon sous-titrage au-dessus de nos têtes? Ça ferait quand-même assez conférence genre "Les grands mammifères des forêts estoniennes" ou encore compréhension orale/écrite pour DELF B2. Intentions très louables, mais aussi très chiantes et surtout à mille lieux de ce qu'on a envie de faire.

Non, tout ce qui nous reste, c'est de développer le côté théâtral, faire passer le contenu tant par la musique que par le jeu de scène - encore que, à moins de faire une introduction en espagnol, personne ne devinera le contenu assassin de notre petite rengaine country...

Pinche franceses, ¿verdad?

Volker
July 7, 2009 - Tuesday 
Bon, puisqu'il faut bien commencer quelque part, parlons un peu de nos chansons. On vient tout juste d'enregistrer notre première démo avec Fernando, un mec-qui-s'y-connaît. Okay, le résultat n'est pas encore parfait, ça déraille par-ci par-là, m'enfin, que voulez-vous, fallait bien commencer quelque part...

Feuilles Vives: Conçu comme un anti-"Feuilles Mortes", parce que la nostalgie à tort et à travers, je m'en passe volontiers. Mais encore, comment y échapper, surtout quand les musiques véhiculent à merveille tout ce qui à trait aux souvenirs? Et maintenant, si soudain on tombait sur des petits airs qui ne véhiculaient que de très mauvais souvenirs? D'où le refrain: "Oh je voudrais tant que tu te souviennes/ De rien! Chante-moi un air inouï". Feuilles Vives a d'abord été une bossa, puis on a décidé de la ralentir, à tel point que maintenant les gens nous disent que c'est un tango. Bueno, a ver... Le solo est d'ailleurs inspiré de musiques de films genre Morricone, ou encore des polars français des années 70. Aaaah, c'était l'bon temps, ça!  ;)

Summer's Day: Alexandra était partie à la plage et moi je suis resté en ville, alors j'ai décidé d'écrire une chanson plagiste, na! J'avais en tête le fameux sonnet 18 de Shakespeare, "Shall I compare thee to a summer's day?", d'où le titre, la fin de chaque couplet et le refrain. Eh oui, on en a, des références, hein? J'y ai brodé une histoire autour, de couple qui se chamaille, se sépare, se retrouve? A vous de décider. Il y a en tout cas une violence sous-jacente dans cette chanson, inspirée du soleil de Mexico. N'en déplaise à Luis M.

Plaisir d'extrémités: Notre petite dernière, pour le moment. On aime bien composer, et on aime bien délirer. D'où cette curieuse histoire de désir d'une fille pour?... A vous de découvrir. Ceci dit, d'éventuels censeurs n'iraient probablement pas au delà de l'interdiction au moins de treize ans, histoire de rassurer les âmes sensibles. On a imaginé une musique style cabaret autour; on ne l'a pas encore joué sur scène, on attend de voir l'effet.

Celle-là: Alexandra avait lu un reportage sur les très vieilles prostituées de Mexico, qui vous font la pipe à 5 pesos (0,25 Euros) dans le plus pur "what you see is what you get". Elle a donc donné la parole à l'une d'elles dans cette chanson. C'est un de nos textes les plus anciens; on avait d'abord pensé à une ballade lente et lourde, puis on a imaginé une valse de fête foraine autour, beaucoup plus légère. On peut même y danser dessus, un 14 juillet. Gratuitement.

Volker